HOUPHOUET UN COMBAT

Témoignages


TEMOIGNAGES

IL SAUVA MA FEMME
(Source : Francis Angely)

Que ces lignes soient mon témoignage, faisant suite à l'extraordinaire panégyrique qui est paru dans votre quotidien "Fraternité Matin", tout au long des tristes journées de deuil national, deux mois durant, concernant feu Son Excellence le Président de la République de Côte d'Ivoire: Félix Houphouët Boigny. J'ai été bouleversé, catastrophé, en apprenant chez moi, à Mulhouse, le 8 décembre au soir, la douloureuse, l'inexorable nouvelle de la disparition de son Excellence le Président Houphouët Boigny. J'ai pris l'avion du 14 décembre pour Abidjan où résident mes enfants et petits enfants, me trouvant sur place pour rendre un sublime et dernier hommage à l'illustre et inoubliable rédempteur de la nation ivoirienne, élevé à la dignité de commandeur dans l'ordre national de la légion d'honneur dont je suis moi même membre. Je suis né le 25 juin 1913, il y a donc 81 ans, officier supérieur d'infanterie de marine en retraite, président d'honneur de la chorale paroissiale «Jubilate président d'honneur de l'Union Nationale des Anciens d'Indochine, membre d'une 1/2 douzaine d'associations dont la Société des amis de la gendarmerie nationale, les anciens de la première armée française. les anciens combattants de la ligne maginot, la fédération des engagés volontaires d'Alsace et Loraine, l'Association culturelle du Serchenberg à Mulhouse, la fédération nationale des anciens militaires de carrière, je suis titulaire de la rosette de la légion d'honneur, de la Croix de guerre, de la Croix de la valeur militaire de la médaille des engagés volontaires, de la Croix du combattant de la médaille commémorative 1939-1945, je suis officier des Palmes académiques, chevalier du mérite agricole, chevalier du mérite Tastevin, etc.
Paradis terrestres
Jeune officier je servais à Abidjan, il y a 54 ans, alors que j'avais été affecté en mai 1939 à Tiaroye à 12 Rue de Dakar. Pendant mon séjour en Côte d'Ivoire Sud je remplissais les fonctions d'adjoint du colonel de Bataille, lui même sous les ordres d'un de mes compatriotes qui, un des premiers, rejoignit les forces françaises libres en Gold Coast (à Tamalé, puis à Accra) c'était le général Schmir. A l'époque j'eus l'occasion de parcourir toute la Côte d'Ivoire, de visiter tous les sites, (Bouaké, Korhogo, Katiola, Ferkessedougou, Séguela, Dimbokro et bien sûr Grand-Bassam et Bingerville...) combien pittoresques et combien accueillants, ces paradis terrestres. L'année suivante je fus muté en Côte d'Ivoire Nord, à Ouagadougou pour prendre le commandement du centre d'instruction avec comme officier adjoint le sous-lieutenant Moro Naba Saga, père de l'actuel empereur du pays mossi à qui je suis allé rendre visite il y a 12 ans. Ensuite après diverses missions de liaisons j'ai rejoint mon poste de brousse au Dahomey (l'actuel Bénin) à 40 km à l'Est de Bohicon, Cové qui était le chef-lieu de canton, sur la voie ferrée de l'ABZ Abomey, Bohicon, Zangnanado. Seul officier marié du poste, j'habitais, avec ma femme, une belle villa qui appartenait au chef de gare de Cové. J'étais sous les ordres d'un lieutenant ancien, pierre chabot, promu général à la fin de sa carrière, avec deux autres camarades, le lieutenant René Comte et l'aspirant Legendre. J'avais pour mission principale le débroussaillement d'une partie non cultivée du secteur, y faire construire une infirmerie et un hôpital, trouver un point d'eau à proximité (cela grâce aux dons de sorcier et d'un père blanc du coin) et organiser l'adduction pour les besoins de la population civile. C'est là que se situe l'événement capital de mon propos.

Charisme
Un jour, mon ami Chabot, m'annonça, venant de Côte d'Ivoire, le passage pour quelques jours, d'un inspecteur ingénieur agronome doublé d'un docteur en médecine. Il venait de se rendre compte, sur place des plantations de cacaoyers, de caféiers et d'ananas. Médecin en même temps que conseiller agricole, cela me parut bizarre! Comme il devait séjourner quelque temps, dans la région, qu'il logeait au Cercle des officiers, je me fis un plaisir de l'inviter à venir déjeuner avec mes deux camarades Chabot et Légendre, à la maison. C'était par hasard un dimanche. Nous nous sommes retrouvés tous les cinq à la grand messe à Cové célébrée par le Père Kiti un africain lui aussi, qui allait obligatoirement se joindre à nous pour partager notre repas. Conclusion: notre inspecteur, médecin, agronome était catholique et combien convaincu: d'une foie inébranlable. C'était édifiant! Le hasard voulut que ma femme souffrait depuis quelques jours d'une furonculose épouvantable. Elle avait des furoncles partout. On en comptait une vingtaine sur le bras gauche, quatre ou cinq au cou, sans parler des autres endroits du corps. Nous n'avions ni médecin, ni infirmier valable. Je la soignait avec des tampons de coton trempés dans l'alcool et la badigeonnais à la teinture diode. Comme notre hôte ivoirien s'était manifesté d'une amabilité remarquable, d'une courtoisie digne d'éloges, très volubile, d'une franchise et d'une ouverture d'esprit extraordinaires, faisant preuve d'un admirable charisme, mon scepticisme du débat se substitua à un sentiment de fraternisation, d'amitié et surtout de confiance. Au cours de notre conversation, sans la moindre hésitation, je demandai conseil à notre ami médecin au sujet de la furonculose dont souffrait ma femme. D'un français des plus châtiés, avec un accent légèrement auvergnat, il s'offrit de soigner ma femme pendant les quelques jours où il allait resté dans la région: durant quatre séances il lui ferait l'autovaccin. Mystère ? Aucun de mes camarades, ni moi même ne savions en quoi consistait ce remède. Ma femme accepta sans hésitation ni murmure, sinon elle risquait une septicémie. Le médecin se fit apporter une seringue qu'il désinfecta à l'alcool, préleva du sang dans la fesse de mon épouse et l'injecta dans l'avant bras gauche. L'opération fut répétée à quatre jours successifs. Remède miracle. A partir du 6e jour elle n'eut plus aucun furoncle et les anciens se cicatrisaient à vue d'œil. Ni les uns ni les autres, nous n'en revenions pas. Ne sachant comment lui exprimer notre profonde gratitude, ma femme, la veille de son départ pour la Côte d'Ivoire lui sauta au cou et moi je lui demandai le montant de ses honoraires. Il déclina mon offre et accepta de dîner avec nous. Nous avions tellement sympathisé que je lui demandai ses coordonnées et son nom, c'était la première des choses à savoir, si un jour le désirais lui rendre visite!!! Il s'appelait Félix Houphouët Boigny. Ces années passèrent. Il eut la guerre : le débarquement en Provence. Je fus transbahuté par la suite au BCRA, au service de renseignements à la disposition du général de Gaulle. Je fus parachuté dans la région de Bordeaux, je passais le rhin en avril 1945, pour être affecté au 2e bureau de la 14e D.J. à Constance. En mai 1946 je fut désigné pour me rendre à Paris, en stage au 2e bureau de la Défense nationale. Puis, un jour, un de mes camarades du Sénégal, le capitaine René Comte me demanda de l'accompagner à un lunch offert par Léopold Senghor, futur président de la République du Sénégal, dans sa résidence à Neuilly sur Seine. En grande tenue, gants blancs, bottines sernies, je me présentai à diverses personnalités. Quelle ne fut ma surprise, ma grande joie de retrouver parmi les invités un fougueux député africain, le sauveur de mon épouse, le docteur Félix Houphouët Boigny. Bien sûr, nous avons longuement conversé ensemble. Nous nous sommes embrassés. Ma carrière, en Indochine, aux Antilles, en Algérie, au Laos, ne m'avait guère permis de reprendre contact. A la suite d'une blessure au crâne je dus prendre ma retraite à 49 ans en 1964. Mais, dans mon isolement je suivis de loin, par la presse, par la télévision, avec une immémorable admiration, la brillante et surprenante ascension de ce grand ami, de l'inoubliable sauveur de mon épouse (d'ailleurs décédée il y a 11 ans), qui avait accédé à l'indépendance son merveilleux pays natal, qui en a fait une nation modèle dont les fondations inébranlables reposent et reposeront éternellement sur l'amour du prochain, la solidarité, le respect de l'homme et sur la foi en celui qui, sa vie durant fut son messie, son guide, son berger. Il était de mon devoir, poussé par un sentiment de profond respect et d'ineffable admiration de rendre, par ce témoignage, un vibrant hommage à l'homme, au Président, au surhomme qu'il a été pendant toute sa vie. En pieux souvenir je gravirai, par la pensée, en lettres d'or, sur la fronton du plus grandiose panthéon de la planète, que le Président Houphouët Boigny a conçu et réalisé la Basilique «Notre Dame de la Paix» à Yamoussoukro, l'épitaphe suivante: "Honneur et gloire à celui qui a oeuvré pour la paix et la patrie "que la foule mondiale vienne, s'incline et prie." Enfin ayant la chance d'avoir la foi chrétienne, je me suis tourné vers le Seigneur Jésus pour lui demander qu'il accueille près de lui, à sa droite, votre cher disparu et qu'il vous donne à vous, madame, sa fidèle épouse. à ses proches, à tous les côte d'ivoire, la force de supporter et d'attendre.

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L'ART DE LA GEO-ECONOMIE
(Source : Ibrahim Sy Savané)

Vrais et faux communistes, patriotes sincères ou opportunistes, bien des dirigeants africains ont dû procéder, avant même la chute du fameux Mur, à des révisions déchirantes. L'Histoire est trop cruelle, il n'est donc pas nécessaire d'en rajouter, en dressant la liste des présidents qui sont passés du marxisme-léninisme le plus étroit au mercantilisme le plus débridé. Intuitifs ou visionnaires, quelques dirigeants se sont refusé à engager leur pays dans l'impasse marxiste. Et ont dû, pour cela, affronter de longues années durant, l'opinion virulente des clercs africains.
Houphouet Boigny sera parmi les plus vilipendés de ceux qu'on considérait alors comme les pires ennemis du continent: anticommunistes, néocolonialistes, balkanisateurs etc... Malgré tout, ces épithètes ne semblent avoir ému le Président ivoirien que très modérément, puisqu'il lancera plus tard, sur un ton goguenard: "Le grand balkanisateur c'était moi ! ". Quand on voit aujourd'hui ce que sont devenus les vrais Balkans... La méfiance à l'égard du communisme était une donnée essentielle de la vision géopolitique globale d'Houphouët. Il soupçonnera les Russes de vouloir mettre la main sur les richesses du continent. Il exhortera constamment les Occidentaux à la vigilance. Avec une régularité qui fera oublier que, naguère, le député Houphouët avait eu une alliance avec les communistes, gérants de la succursale française de l'Internationale socialiste. Mais la suite a montré qu'Houphouët et ses amis n'étaient intéressés par les communistes que dans la mesure où ceux-ci étaient des anticolonialistes déclarés. La suite a également montré qu'Houphouët et ses amis ont usé de cette vieille ficelle communiste: "Alliance tactique, démarcation stratégique".

D'ailleurs, l'approche d'Houphouët des relations internationales a été essentiellement "géo-économique: "Quelle est, pour le continent, la meilleure alliance, celle qui soit génératrice de progrès, donc susceptible de renforcer l'Afrique?" Cette question semble, chez Houphouët, avoir pris le pas sur l'idéologie, contrairement à d'autres qui avaient une tendance quasi théologique dans ce domaine. Et, bien entendu, le Président ivoirien asservissait toutes les autres considérations à cette émergence économique de l'Afrique, avec comme vaisseau amiral la Côte d'Ivoire ! Ce sera l'axe autour duquel s'ordonnera tout le reste: alliance privilégiée avec l'Occident - qu'il ne ménage pas cependant chaque fois que les intérêts du pays sont contrariés - ; tentative de "civiliser l’Afrique du Sud. avec son énorme potentiel; ouverture vers Israël, détenteur de technologies sophistiquées, tout en gardant le contact avec des personnalités palestiniennes, tel que Issam Sartaoui; etc...

On mesure mal aujourd'hui la ténacité qu'il a fallu pour aller à l'encontre des idées reçues et de l'idéologie dominante. Combien de gens ont approuvé ses positions d'alors? Pas beaucoup. Mais, les plus opposés n'avaient pas forcement tort. Ils n'étaient pas sur la même longueur d'onde que le Président ivoirien. Même si, sur bien des points, l'Histoire a donné raison à ce dernier.
Un jour, quand ceux qui savent parleront et que les archives auront livré leurs secrets, alors, on aura une idée plus complexe des immenses capacités d'action d'Houphouët sur l'échiquier mondial.

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NAISSANCE & ENTREE DANS LA VIE PUBLIQUE
(Source: Houphouet, un Combat)

Un milieu d'origine prédestiné

En cette fin du 19ème siècle où Samory a perdu son empire dans une guerre civile contre la France, la colonie française de Côte d'Ivoire est intégrée en 1899 à l'Afrique Occidentale Française.
Six ans plus tard, le 18 octobre 1905 dans le village de Yamoussoukro au centre du pays Baoulé, c'est la fête: après quelque trente années de désirs et d'espoir, le petit Houphouët Dia vient de naître. Il est le fils d'une des chefferies de la tribu des Akoués, une des branches de l'ethnie des Baoulés.

Il porte le nom de son père dénommé "Houphouët", ce qui en langue locale signifie: "Balayure à jeter"; ce curieux épithète se donnait aux enfants vivants nés d'une même mère. Comme pour compenser ce patronyme, on lui ajoute celui très prometteur de "Dia": "celui qui a le savoir, le pouvoir de dominer, le voyageur, le "magicien" ... car un destin peu commun lui aurait été promis lors des cérémonies rituelles précédant sa venue au monde.

Très vite un évènement malheureux, plein de conséquence pour son avenir, allait marquer sa petite enfance: Houphouët Dia n'a que cinq ans lorsque son oncle maternel Kouassi N'Go - chef des Akoués - meurt, tué par la main d'un des siens, qui lui reprochait sa serviabilité envers le colonisateur.

Or en Côte d'Ivoire la loi matriarcale veut que le successeur au titre soit le fils de la soeur du défunt chef; le petit Houphouët Dia est le premier mâle de la lignée matrilinéaire; il est donc tout désigné pour assumer cette grande charge. Mais son jeune âge puis ses responsabilités professionnelles feront qu'il n'assurera cette tâche qu'en 1938 lorsque meurt son jeune frère.

Il est intéressant de rappeler l'origine de la tribu Akoué, rattachée à la légende aujourd'hui fort connue de la reine Abraha Pokou qui venant du pays Ashanti s'installa sur des terres nouvelles, donnant le nom de pays Baoulé à cette région. Vers les années 1750, la reine Pokou quitte le coeur du pays Agni (situé dans l'actuel Ghana). Elle s'enfuit après la mort de son oncle le roi de Koumassi afin d'éviter les sanglantes rivalités opposant les prétendants à la succession. Sa fuite vers l'ouest est arrêtée par le passage du tumultueux fleuve Bandama; afin d'échapper, elle et sa suite, aux poursuivants, elle reçoit l'ordre en elle d'immoler sur place son unique fils; aussitôt un arbre s'abat en travers du fleuve lui ouvrant le passage et la sauvant elle et les siens. "L'enfant était mort" (baoulé) mais l'héritage était, sauvé. La tribu des Akoués, groupe des Akans serait également venue du Ashanti. Yamoussoukro, village natal du petit Houphouët Dia est dans la tradition, le "village de la mère".
Les pionniers de ces nouvelles régions montrent peu d'intérêt pour les affaires politiques - leur fuite de leur propre pays en est la preuve - mais ils développent par contre un certain attachement aux biens de ce monde. Ce sont de grands agriculteurs, des orpailleurs. Le chef de la tribu, gardien du patrimoine, doit le faire fructifier; la notion d'enrichissement est une réalité bien concrète.
Houphouët vit ses plus jeunes années dans un climat familial de travail, de prospérité et de paix. La mort violente de son oncle engendre très tôt chez lui une recherche de la paix et de solutions pacifiques aux conflits.

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Le certificat d'études

Yamoussoukro est, après Bouaké un des centres les plus importants de l'administration civile. Les militaires y exercent également leur autorité et applique la politique coloniale en matière de scolarisation.
A quelques kilomètres de Yamoussoukro, en direction de Bouaflé, une "école" s'ouvre dans le district de Bonzi. Les premiers éléments recrutés par les militaires sont les enfants des familles de chefs. Bien évidemment le jeune Houphouët Dia est tout désigné. Mais la méfiance est grande chez ses proches, et il faut insister auprès de la vieille "Nana Yamoussou", la rassurer afin qu'elle laisse partir - à contre coeur - son enfant à "l'école des Blancs".

Jusqu'à l"âge de dix ans Houphouët Dia fait régulièrement ses quelques dix kilomètres à pied pour rendre à l'école; il se révèle très vite être un très bon écolier, premier de sa classe, doué d'un esprit vif et curieux. Il lui est décerné un des tout premiers certificats d'études de la région. Le mécanisme scolaire est enclenché; après quelque insistance de la part de son maître auprès de sa famille, Houphouët Dia quitte Yamoussoukro pour aller poursuivre ses études à Bingerville dans le tout récent "Groupe Central Scolaire".
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Serge Bilé, journaliste : Sa dernière interview

Il a eu le privilège d'interviewer avec d'autres confrères ivoiriens, le président Houphouët Boigny, pour la dernière fois. C'était le 12 août 1993.

J'ai appris la mort du président en Guyane, où je travaille pour la chaîne de télévision RFO (Radio-télévision française d'Outre-mer). J'étais à la cafétéria ce matin-là (7 décembre) quand un collègue martiniquais à déboulé pour m'annoncer la nouvelle. Bien que cela m'ait pas vraiment, j'étais assez bouleversé. Je n'ai plus eu le coeur à travailler. Du coup, j'ai tout arrêté et je suis parti. J'ai marché un bon moment dans Cayenne, les gens qui me reconnaissait me souriaient, et moi, je souriais de façon mécanique. Je me suis arrêté devant un cinéma et j'al vu le premier film venu. C'était "Germinal", un film qui a ajouté à ma tristesse. Comme par hasard, je devais présenter le journal ce soir-là. Cela m'a fait drôle d'annoncer à l'antenne la mort de mon président à des téléspectateurs d'Outre-mer, dont certains l'avaient connu au temps des colonies.
J'ai été, avec six autres collègues ivoiriens, le dernier journaliste à interviewer le président Houphouët Boigny. C'était le 12 août dernier à son domicile parisien, rue Masseran. Je l'avais trouvé fatigué mais rayonnant. Je me souviens qu'il avait plaisanté à propos des rumeurs qui couraient à Abidjan, depuis un petit bout de temps, sur sa mort. Il nous m'avait raconté que déjà en 1946, au plus fort de la lutte politique, on 1'avait donné pour mort. Des amis de Grand-Bassam lui avaient télégraphié pour lui demander s'il était encore vivant. Je dois reconnaître que je ne suis pas de ceux qui le glorifiaient, mais c'était un grand homme politique. Il a marqué pour longtemps la Côte-d'Ivoire et l'Afrique.
Houphouët n'aimait pas beaucoup parler de sa succession. Naturellement, on n'en a pas parlé. On savait qu'il n'aurait pas voulu répondre. Mais je crois que dans son esprit, tout était clair depuis longtemps; son successeur désigné, c'est Henri Konan Bédié, son fils spirituel.
Ce jour-là, nous avons surtout parlé de sa santé, puisqu'il était absent de la Côte-d'Ivoire depuis plusieurs mois. A la fin, Il a fait un tour d'horizon des problèmes de la Côte-d'Ivoire et de l'Afrique. il m'a paru réaliste en mettant le doigt sur la crise, en observant que c'est une crise qui mine pour longtemps les pays d'Afrique et qu'il va falloir se retrousser les manches pour s'en sortir. Je suis heureux de constater que la Constitution a été respectée. Parce que si on ne l'avait pas fait, ce serait un précédent dangereux. La Constitution est le fondement de la République. Cela dit, telle qu'elle se présente, elle ne me paraît pas adaptée à la situation politique de la Côte-d'Ivoire. Je pense qu'il faut la revoir, en concertation avec tous les Ivoiriens. Maintenant, il va falloir se mettre au travail et je crois que l'un des premiers défis est d'intégrer les ivoiriens. Pendant longtemps, on ne leur a pas fait confiance, dans presque tous les secteurs d'activité. Ils ont été constamment mis à l'écart, chaque fois qu'ils étaient en concurrence avec les étrangers. Il est temps de donner la parole aux Ivoiriens, de leur donner plus d'importance de façon qu'ils aient envie de travailler pour leur pays et d'en tirer les dividendes. L'autre défi, c'est la liberté ; liberté d'information, d'expression et que les populations aient le sentiment qu'elles vivent en démocratie ".

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A LA UNE DES MEDIAS
Source: Fraternité Matin - Spécial Houphouet

La fin d'un homme dévoile ses oeuvres. Avant la mort ne proclame personne heureux, c'est à la mort qu'on reconnaît un homme». Le Sage Ben Sirac a raison. C'est à la mort de M. Félix Houphouët Boigny que le peuple ivoirien a découvert sa dimension africaine et universelle. A l'annonce de son décès, la presse nationale, toutes tendances confondues, lui a consacré des pages entières dans lesquelles on lui reconnaît des qualités de nationaliste convaincu luttant pour l'émancipation de son peuple, de rassembleur politique devenu une référence dans la recherche de solutions pacifiques aux conflits africains. Homme de dialogue, de paix et  bâtisseur. Toutes les facettes du Président Félix Houphouët Boigny ont été explorées par les différents articles qui lui ont été consacrés. Les lecteurs ont pu à travers les différentes publications comprendre, juger l'ampleur de la tâche d'édification de la Nation, de la mise en chantier d'une politique économique qui a su valoir à la Côte d'Ivoire des années de grande prospérité avant que sous l'effet désastreux de la mévente du cacao et du café ne s'installe la crise. La presse internationale pour sa part a mis en exergue la place de choix qui revenait au défunt Président. Dans des pages spéciales riches, Jeune Afrique, Paris Match, Africa international, Jeune Afrique Economie, retracent l'histoire prodigieuse de ce «cerveau politique de premier ordre». Toutes ces revues périodiques ont proposé à leurs lecteurs des photos retraçant la vie de l'illustre disparu. Lorsque Paris Match écrit « Il était la dernière figure de l'Afrique émancipée. La mort du président de la Côte d'Ivoire prive tout un continent d'un arbitre unanimement respecté » il ne fait que rendre à César l'honneur qui lui revient des photos avec Michel Debré, Premier ministre du Général De Gaulle, avec André Malreaux, Guy Mollet, Michel Debré à la passation des pouvoirs entre Charles De Gaulle et René Coty ont été publiées par Paris Match qui a consacré 16 pages au décès du Président Houphouët Boigny.
Jeune Afrique a proposé 40 pages retraçant la vie de l'illustre disparu. 40 pages de rappels historiques, d'analyses résumant l'itinéraire politique de M. Félix Houphouët Boigny. Ce document comprenait également des photos souvenirs éloquentes: Houphouët s'adressant en 1946 à ses partisans du balcon de la maison du syndicat agricole africain à Treichville; avec Ouézzin Coulibaly dans le train qui va sceller leur alliance politique; avec Hamani Diori et d'Arbousier arrivant pour le congrès du RDA à Bamako; avec Peter Botha; avec le Pape Jean-Paul Il, avec Shimon Pérès; avec feu Yacouba Sylla (patriarche de Gagnoa); avec Hassan Il, Bourguiba, Senghor, Sékou Touré, Sankara, De Gaule, Mobutu, Giscard d'Estaing, Chirac, Mitterrand. Africa International dans un numéro hors série consacre 48 pages à un dossier sur Houphouët intitulé «La marche du siècle » comprenant des articles sur la succession, les multiples facettes d'Houphouët; homme de paix et de dialogue; Dieu et la foi, l'argent, l'amour de la terre et des paysans, la démocratie, contre la xénophobie, la politique extérieure. C'est surtout les obsèques qui ont donné lieu à une profusion d'articles. Fraternité Matin a donné l'exemple d'un engagement participatif en déplaçant à Yamoussoukro une dizaine de journalistes et de photographes pour rendre compte quotidiennement du passage des délégations venues de toutes les régions de la Côte d'Ivoire témoigner leur compassion à la famille éplorée. Du 10 janvier au 8 février, Fraternité Matin a consacré en moyenne huit pages quotidiennes aux obsèques de Félix Houphouët Boigny tous les autres organes (Le Voie, Le Nouvel Horizon, Le Démocrate, Notre Temps, Le Patriote, Réveil Hebdo&) ont consacré une large place aux cérémonies nationales tant à Abidjan qu'à YaMoussoukro. Qu'il s'agisse des hommages au Palais présidentiel, des honneurs militaires, du départ par la route du corps à Yamoussoukro, la presse nationale a consacré largement ses colonnes à ces mouvements, des hommages à la Fondation pour la Recherche de la Paix, de la messe à la Basilique, la presse nationale a consacré largement ses colonnes à ces mouvements douloureux de la séparation.

Adieu au grand chef
La messe de requiem à la Basilique Notre Dame de la Paix à Yamoussoukro a été fortement médiatisée. C'est que 24 Chefs d'Etat et des représentants de 120 autres pays et d'organisations internationales se sont donné rendez-vous autour du corps de Félix Houphouët. Chacun est venu avec une cohorte de journalistes. Tout le monde a été frappé par la forte délégation française. Le Monde, France Soir, Jeune Afrique, Paris Match, Jeune Afrique Economie ont salué l'hommage du monde entier au dernier grand chef africain. Paris Match propose des images émouvantes, inoubliables.
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LA FORCE DES SYMBOLES
Source: Fraternité Matin - Spécial Houphouet

Lors des hommages du pays profond au Père de la Nation à Yamoussoukro, le défunt a été identifié à un arbre ou à un animal par plusieurs délégations, en raison de qualités spécifiques. L'arbre le plus cité a été l'Iroko ou Alla en baoulé. Chez les baoulés, cet arbre est très puissant au plan mythique, « cet arbre qui se déplace la nuit à la recherche de forces nouvelles » selon le grand maître de la sorcellerie  John Créppy Apélété, L'Iroko serait en effet le repère indiqué du redoutable diable géant roi de la forêt qui crache du feu sur son passage. On le dit très méchant pour les hommes s'il est femelle et vice-versa pour les femmes. C'est le Zamlangangan ou Djêhoco en Baoulé et Djè Kouè chez les gouro. Le fait que ce diable géant d'environ trois à quatre mètres de haut ait élu domicile dans l'Iroko, donne une force certaine à cet arbre. C'est pourquoi dans les villages on n'abat pas l'Iroko sans sacrifice au préalable. Plusieurs exploitants forestiers clandestins ont même payé de leur vie pour n'avoir pas respecté ce rituel. On dit même que des Iroko déracinés à l'occasion de tracée de routes, se sont redressé miraculeusement le lendemain. Arbre de qualité d'une force extraordinaire et d'une grande longévité, l'Iroko sied parfaitement à Houphouët-Boigny, et on ne peut trouver aussi meilleure identification. Le Baobab, oui, le vieux baobab au feuillage touffu, à l'ombre duquel s'abritaient les Ivoiriens s'est couché et Houphouët est un baobab. Son seul nom servait à protéger les Ivoiriens, comme l'ombre du baobab. C'est un arbre majestueux, centenaire, généralement au centre du village. C'est l'arbre à palabre par excellence . A l'ombre du baobab se règlent les affaires du village. Le baobab, c'est l'arbre qui a vu naître tout le village. C'est donc l'arbre protecteur parce que censé abriter l'esprit des anciens. Le Président Houphouët Boigny s'en est allé, mais son esprit veille à jamais sur ses fils de Côte d'Ivoire. Houphouët, le fromager, saisissante image! Le fromager, s'il n'a pas la résistance de l'Iroko ses nombreux contreforts servent de refuge à de nombreuses espèces animales. C'est l'un des arbres les plus imposants de la forêt . Combien sont-ils, ceux qui vivaient en toute quiétude dans les contreforts de Félix Houphouët Boigny, le fromager
Le bélier akoué
En ce qui concerne le monde animal, le Président défunt a été comparé à plusieurs animaux , Houphouët est un Boigny, le Bélier, doué d'une force extraordinaire avec ses cornes redoutables. C'est à raison que les senoufo disent que coriaces sont les cornes du Bélier; qui s'y frotte s'y plante. Si Houphouët est un Boigny chez les baoulé, il est aussi un Blablè-oundi à Lakota. le Tondjiré chez les kroumen. Tout cela pour designer le bélier, le chef suprême des animaux domestiques en clair, le Kouzangonin des gouros de sinfra. Houphouët est aussi un kokoroko qu'abron et koulango disent qu'il ne peut mourir. Le kokoroko est en effet un animal résistant, c'est le pangolin qui a généralement une longue vie, les qualités du kokoroko sont outre la résistance, son caractère inoffensif, sa sagesse qui consiste à se recroqueviller sur lui-même lorsqu'il sent l'environnement malsain. Koulango et abron qui connaissent bien l'homme ne peuvent choisir mieux pour qualifier le sage de Yamoussoukro, le Bélier Akouè.
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L'ALLIANCE HORS DU TEMPS
Source: Fraternité Matin - Spécial Houphouet

Au bout d'un quart de siècle, d'un demi siècle ou même d'un siècle que restera-t-il dans la mémoire collective nationale ou individuelle des ivoiriens, du long mois que durèrent les obsèques du chef de l'Etat Félix Houphouët Boigny ? Le temps aura sans doute gommé le subsidiaire et l'oubli, pendant indispensable du souvenir, permettra de graver à jamais dans le cSur de la nation ce que l'on sait et que si souvent on a répété: Les ivoiriens ont eu des relations peu ordinaires avec leur premier président. Les cris de coeur : «indéfectible attachement», «Père de la nation», «fidélité à Houphouët et aux idéaux du parti»&que des esprits rétrécis réduisent à des slogans d'embrigadés, de peuple de labios, et de soumis, éclairés d'un nouveau jour, s'incrusteront, épitaphes indélébiles dans le futur de la Côte d'Ivoire dans son avenir. Et dans ce pays de l'oralité que demeure encore la Côte d'Ivoire, il ne restera pas que la douleur, ni seulement des chants d'espoir et les paroles d'espérance. Il restera les actes posés sur toute la nation ivoirienne qui prolonge son attachement à Félix Houphouët Boigny au-delà de la vie. Les délégations officielles ou privées ne passèrent jamais devant le lac aux caïmans et sur la "place des béliers "en la résidence de la famille Houphouët Boigny sans y déposer leurs offrandes: les dons. Le sceau de la tradition imprimée à la cérémonie ne formulait aucunement que le geste était obligatoire; il pouvait à la limite sous-entendre que du strict point de vue des coutumes, donner pour présenter ses condoléances est un devoir& culturel. On peut donc ne pas donner: la liberté dans le devoir... Un devoir dont l'essentiel tient dans le symbole. D'où la diversité des dons, expression de la richesse du patrimoine des traditions nationales. Nattes, pagnes d'ici, savon noir, calebasses, seaux, Mais aussi animaux de valeur, boissons fortes, argent et poudre d'or. Si les coutumes accordent une valeur particulière à la nature de l'objet, elles relèguent loin derrière l'importance éventuelle que pourrait revêtir la quantité. Objets chargés de significations puisées aux sources des mémoires intemporelles des peuples, les dons ne sont pas un complément des paroles; ils n'accompagnent pas celles-ci et, celles-ci n'expriment pas toujours toute la profondeur de leurs sens. Les dons constituent des gestes et en tant que tels ils expliquent dans une certaine mesure les mots qui peuvent précéder ou suivre.
La mémoire
De toutes les obsèques de Chefs d'Etat africains de ce XXe siècle, celles d'Houphouet-Boigny auront le plus porté les marques des traditions de son pays. A Yamoussoukro, du 10 au 28 janvier 1994, les dons se sont succédé au rythme des passages de délégations. C'est-à-dire de façon ininterrompue. La tentation était donc forte de s'ériger en comptable et de demander des comptes. D'aucun y ont succombé: cette famille qui atout eu, qui a tout, a-t-elle besoin de tous ses dons? Pour quoi faire ? Et comment le font les parents villageois qui calculent les salaires de leur rejetons, la table de multiplication au poing, pour mieux formuler les exigences, ceux qui s'érigent en comptables des dons firent leur compte d'apothicaire, avancèrent des chiffres pour aussitôt s'en indigner. Y a-t-il quelques nécessité à leur donner la réplique? Dieu qui est propriétaire de tout a -t-il besoin d'offrandes? Mais Houphouët Boigny n'est pas Dieu. Soit! Il ne l'a jamais du reste revendiqué. Mais Houphouët Boigny n'est pas Dieu. Soit! Il ne l'a jamais du reste revendiqué. Cependant si Houphouët Boigny a reçu de son pays et des ivoiriens, que ne leur a-t-il pas donné? Beaucoup de lui-même, voire tout. En donnant à sa famille pour ses obsèques et pour lui présenter leurs condoléances, les Ivoiriens, les Africains et le monde entier ne lui payaient pas  un (sur) salaire ni une prime pour services rendus. Il ont une claire conscience de ce que plus que la parole, l'acte engage. Exigence d'alliance entre les donateurs et les bénéficiaires, les dons scellent les rapports et les inscrit hors du temps. Importante pour ce qu'il symbolise, multiples à l'image des coutumes de ceux qui les ont faites, les dons à la famille Houphouët Boigny sont ce qui restera entre autres. Les hommes meurent comme il ont vécu, dit-on. Les peuples ont donné à Houphouët Boigny comme il a donné lui-même de son vivant. Quantitativement on le lui a pas beaucoup donné. Qualitativement pas autant qu'il a donné et s'est donné, mais symboliquement les Ivoiriens et tous les autres ont donné beaucoup. Avec leur coeur. La mémoire de la Côte d'Ivoire retiendra. L'histoire du pays et 1'histoire tout court n'oublieront pas.

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CERVEAU POLITIQUE
(Source : Général DE GAULLE)

" Cerveau politique de premier ordre, de plein - pied avec toutes les questions qui concernent non seulement son pays mais aussi l’Afrique et le monde entier ayant chez lui une autorité exceptionnelle est au dehors une indiscutable influence et les employant à servir la cause de la raison "

HOMMAGES

L'HOMMAGE MERITE
Source: Fraternité Matin - Spécial Houphouet

L'affection ne se décrète pas. Elle se mérite. Quoi de plus normal donc que la communauté internationale dans son ensemble ait décidé le lundi 7 février 1994 d'honorer le Président Félix Houphouët Boigny. De rendre un hommage solennel et émouvant à sa dépouille. Oui pour 84 Etats présents ce jour à Yamoussoukro parmi lesquels 42 états Africains.Il s'agissait beaucoup plus d'accomplir un devoir qu'une faveur. Le 7 février 1994 donc, Yamoussoukro, village, ville, commune, capitale politique et administrative de notre pays est devenu le temps d'une demi-journée, non seulement la capitale de l'Afrique, mais aussi un peu celle de la France, celle du monde. Tenez ! Pour cet ultime adieu au Président Félix Houphouet-Boigny, 24 chefs d'Etat ont fait le déplacement. De l'inédit pour des obsèques sur notre continent. A ces personnalités politiques de premier plan, bien d'autres non moins honorables: la duchesse de Kent: déléguée par la Grande-Bretagne, le ministre de l'Energie des Etats-Unis, l'Aga Khan, le D.G de l'Unesco, les anciens présidents Gowon. Obasanjo, Dacko, Saïbou etc. Mais, l'un des faits les plus significatifs du soutien de la communauté internationale a été incontestablement, l'imposante délégation française venue prendre part à ces obsèques. Hommes politiques de gauche, de droite, du centre, Ils ont presque tous fait le déplacement de Yamoussoukro. A bord de deux avions: un Airbus et un Concorde. Autour du président français François Mitterrand, le Premier ministre Edouard Balladur, plusieurs membres du gouvernement. Mais aussi l'ancien président Valery Giscard d'Estaing, tous les anciens Premiers ministres de ces quinze dernières années: Jacques Chirac, Raymond Barre, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Michel Rocard, Edith Cresson. Au total, une délégation officielle française forte de plus de 77 personnes. Là aussi du jamais vu sur notre continent. Normal, pourrait-on dire. Car, le Président Houphouët ne s'est pas donné uniquement pour notre pays ou pour l'Afrique. Ministre plein dans six gouvernements français avec même rang de ministre d'Etat, député à l'Assemblée nationale française, il a été de ceux qui ont su cultiver et entretenir les meilleures relations avec l'ancienne puissance coloniale. Des rapports basés sur une confiance mutuelle et sur le respect des intérêts bien compris de chacun des deux Etats, la Côte d'ivoire et la France. La France reconnaissante ne pouvait donc pas ne prendre part à cet ultime hommage. Mais ce qui a surpris, même d'anciens collaborateurs du Président Houphouët, c'est le nombre et la qualité de la présence française. Véritablement tous les leaders politiques crédibles et représentatifs français, tous les «poids lourds» étaient à Yamoussoukro. Au total, on retiendra que si de par le monde; de tous les continents, environ 1300 personnalités sont venus rendre un hommage mérité au président Houphouët Boigny, c'est que véritablement le Père de la Nation ivoirienne, n'a pas vécu inutile. Et que son passage sur la terre des hommes a été l'un des plus marquants, l'un des plus remplis. Les ivoiriens en vivent et en vivront longtemps sinon éternellement les retombées.
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