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IL SAUVA MA FEMME
(Source : Francis Angely)
Que ces lignes soient mon témoignage, faisant suite à
l'extraordinaire panégyrique qui est paru dans votre quotidien "Fraternité
Matin", tout au long des tristes journées de deuil national, deux mois durant,
concernant feu Son Excellence le Président de la République de Côte d'Ivoire: Félix
Houphouët Boigny. J'ai été bouleversé, catastrophé, en apprenant chez moi, à
Mulhouse, le 8 décembre au soir, la douloureuse, l'inexorable nouvelle de la disparition
de son Excellence le Président Houphouët Boigny. J'ai pris l'avion du 14 décembre pour
Abidjan où résident mes enfants et petits enfants, me trouvant sur place pour rendre un
sublime et dernier hommage à l'illustre et inoubliable rédempteur de la nation
ivoirienne, élevé à la dignité de commandeur dans l'ordre national de la légion
d'honneur dont je suis moi même membre. Je suis né le 25 juin 1913, il y a donc 81 ans,
officier supérieur d'infanterie de marine en retraite, président d'honneur de la chorale
paroissiale «Jubilate président d'honneur de l'Union Nationale des Anciens d'Indochine,
membre d'une 1/2 douzaine d'associations dont la Société des amis de la gendarmerie
nationale, les anciens de la première armée française. les anciens combattants de la
ligne maginot, la fédération des engagés volontaires d'Alsace et Loraine, l'Association
culturelle du Serchenberg à Mulhouse, la fédération nationale des anciens militaires de
carrière, je suis titulaire de la rosette de la légion d'honneur, de la Croix de guerre,
de la Croix de la valeur militaire de la médaille des engagés volontaires, de la Croix
du combattant de la médaille commémorative 1939-1945, je suis officier des Palmes
académiques, chevalier du mérite agricole, chevalier du mérite Tastevin, etc.
Paradis terrestres
Jeune officier je servais à Abidjan, il y a 54 ans, alors que j'avais été affecté en
mai 1939 à Tiaroye à 12 Rue de Dakar. Pendant mon séjour en Côte d'Ivoire Sud je
remplissais les fonctions d'adjoint du colonel de Bataille, lui même sous les ordres d'un
de mes compatriotes qui, un des premiers, rejoignit les forces françaises libres en Gold
Coast (à Tamalé, puis à Accra) c'était le général Schmir. A l'époque j'eus
l'occasion de parcourir toute la Côte d'Ivoire, de visiter tous les sites, (Bouaké,
Korhogo, Katiola, Ferkessedougou, Séguela, Dimbokro et bien sûr Grand-Bassam et
Bingerville...) combien pittoresques et combien accueillants, ces paradis terrestres.
L'année suivante je fus muté en Côte d'Ivoire Nord, à Ouagadougou pour prendre le
commandement du centre d'instruction avec comme officier adjoint le sous-lieutenant Moro
Naba Saga, père de l'actuel empereur du pays mossi à qui je suis allé rendre visite il
y a 12 ans. Ensuite après diverses missions de liaisons j'ai rejoint mon poste de brousse
au Dahomey (l'actuel Bénin) à 40 km à l'Est de Bohicon, Cové qui était le chef-lieu
de canton, sur la voie ferrée de l'ABZ Abomey, Bohicon, Zangnanado. Seul officier marié
du poste, j'habitais, avec ma femme, une belle villa qui appartenait au chef de gare de
Cové. J'étais sous les ordres d'un lieutenant ancien, pierre chabot, promu général à
la fin de sa carrière, avec deux autres camarades, le lieutenant René Comte et
l'aspirant Legendre. J'avais pour mission principale le débroussaillement d'une partie
non cultivée du secteur, y faire construire une infirmerie et un hôpital, trouver un
point d'eau à proximité (cela grâce aux dons de sorcier et d'un père blanc du coin) et
organiser l'adduction pour les besoins de la population civile. C'est là que se situe
l'événement capital de mon propos.
Charisme
Un jour, mon ami Chabot, m'annonça, venant de Côte d'Ivoire, le passage
pour quelques jours, d'un inspecteur ingénieur agronome doublé d'un docteur en
médecine. Il venait de se rendre compte, sur place des plantations de cacaoyers, de
caféiers et d'ananas. Médecin en même temps que conseiller agricole, cela me parut
bizarre! Comme il devait séjourner quelque temps, dans la région, qu'il logeait au
Cercle des officiers, je me fis un plaisir de l'inviter à venir déjeuner avec mes deux
camarades Chabot et Légendre, à la maison. C'était par hasard un dimanche. Nous nous
sommes retrouvés tous les cinq à la grand messe à Cové célébrée par le Père Kiti
un africain lui aussi, qui allait obligatoirement se joindre à nous pour partager notre
repas. Conclusion: notre inspecteur, médecin, agronome était catholique et combien
convaincu: d'une foie inébranlable. C'était édifiant! Le hasard voulut que ma femme
souffrait depuis quelques jours d'une furonculose épouvantable. Elle avait des furoncles
partout. On en comptait une vingtaine sur le bras gauche, quatre ou cinq au cou, sans
parler des autres endroits du corps. Nous n'avions ni médecin, ni infirmier valable. Je
la soignait avec des tampons de coton trempés dans l'alcool et la badigeonnais à la
teinture diode. Comme notre hôte ivoirien s'était manifesté d'une amabilité
remarquable, d'une courtoisie digne d'éloges, très volubile, d'une franchise et d'une
ouverture d'esprit extraordinaires, faisant preuve d'un admirable charisme, mon
scepticisme du débat se substitua à un sentiment de fraternisation, d'amitié et surtout
de confiance. Au cours de notre conversation, sans la moindre hésitation, je demandai
conseil à notre ami médecin au sujet de la furonculose dont souffrait ma femme. D'un
français des plus châtiés, avec un accent légèrement auvergnat, il s'offrit de
soigner ma femme pendant les quelques jours où il allait resté dans la région: durant
quatre séances il lui ferait l'autovaccin. Mystère ? Aucun de mes camarades, ni moi
même ne savions en quoi consistait ce remède. Ma femme accepta sans hésitation ni
murmure, sinon elle risquait une septicémie. Le médecin se fit apporter une seringue
qu'il désinfecta à l'alcool, préleva du sang dans la fesse de mon épouse et l'injecta
dans l'avant bras gauche. L'opération fut répétée à quatre jours successifs. Remède
miracle. A partir du 6e jour elle n'eut plus aucun furoncle et les anciens se
cicatrisaient à vue d'il. Ni les uns ni les autres, nous n'en revenions pas. Ne
sachant comment lui exprimer notre profonde gratitude, ma femme, la veille de son départ
pour la Côte d'Ivoire lui sauta au cou et moi je lui demandai le montant de ses
honoraires. Il déclina mon offre et accepta de dîner avec nous. Nous avions tellement
sympathisé que je lui demandai ses coordonnées et son nom, c'était la première des
choses à savoir, si un jour le désirais lui rendre visite!!! Il s'appelait Félix
Houphouët Boigny. Ces années passèrent. Il eut la guerre : le débarquement en
Provence. Je fus transbahuté par la suite au BCRA, au service de renseignements à la
disposition du général de Gaulle. Je fus parachuté dans la région de Bordeaux, je
passais le rhin en avril 1945, pour être affecté au 2e bureau de la 14e D.J. à
Constance. En mai 1946 je fut désigné pour me rendre à Paris, en stage au 2e bureau de
la Défense nationale. Puis, un jour, un de mes camarades du Sénégal, le capitaine René
Comte me demanda de l'accompagner à un lunch offert par Léopold Senghor, futur
président de la République du Sénégal, dans sa résidence à Neuilly sur Seine. En
grande tenue, gants blancs, bottines sernies, je me présentai à diverses personnalités.
Quelle ne fut ma surprise, ma grande joie de retrouver parmi les invités un fougueux
député africain, le sauveur de mon épouse, le docteur Félix Houphouët Boigny. Bien
sûr, nous avons longuement conversé ensemble. Nous nous sommes embrassés. Ma carrière,
en Indochine, aux Antilles, en Algérie, au Laos, ne m'avait guère permis de reprendre
contact. A la suite d'une blessure au crâne je dus prendre ma retraite à 49 ans en 1964.
Mais, dans mon isolement je suivis de loin, par la presse, par la télévision, avec une
immémorable admiration, la brillante et surprenante ascension de ce grand ami, de
l'inoubliable sauveur de mon épouse (d'ailleurs décédée il y a 11 ans), qui avait
accédé à l'indépendance son merveilleux pays natal, qui en a fait une nation modèle
dont les fondations inébranlables reposent et reposeront éternellement sur l'amour du
prochain, la solidarité, le respect de l'homme et sur la foi en celui qui, sa vie durant
fut son messie, son guide, son berger. Il était de mon devoir, poussé par un sentiment
de profond respect et d'ineffable admiration de rendre, par ce témoignage, un vibrant
hommage à l'homme, au Président, au surhomme qu'il a été pendant toute sa vie. En
pieux souvenir je gravirai, par la pensée, en lettres d'or, sur la fronton du plus
grandiose panthéon de la planète, que le Président Houphouët Boigny a conçu et
réalisé la Basilique «Notre Dame de la Paix» à Yamoussoukro, l'épitaphe suivante:
"Honneur et gloire à celui qui a oeuvré pour la paix et la patrie "que la
foule mondiale vienne, s'incline et prie." Enfin ayant la chance d'avoir la foi
chrétienne, je me suis tourné vers le Seigneur Jésus pour lui demander qu'il accueille
près de lui, à sa droite, votre cher disparu et qu'il vous donne à vous, madame, sa
fidèle épouse. à ses proches, à tous les côte d'ivoire, la force de supporter et
d'attendre.
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L'ART DE LA GEO-ECONOMIE
(Source : Ibrahim Sy Savané)
Vrais et faux communistes, patriotes sincères ou opportunistes, bien
des dirigeants africains ont dû procéder, avant même la chute du fameux Mur, à des
révisions déchirantes. L'Histoire est trop cruelle, il n'est donc pas nécessaire d'en
rajouter, en dressant la liste des présidents qui sont passés du marxisme-léninisme le
plus étroit au mercantilisme le plus débridé. Intuitifs ou visionnaires, quelques
dirigeants se sont refusé à engager leur pays dans l'impasse marxiste. Et ont dû, pour
cela, affronter de longues années durant, l'opinion virulente des clercs africains.
Houphouet Boigny sera parmi les plus vilipendés de ceux qu'on considérait alors comme
les pires ennemis du continent: anticommunistes, néocolonialistes, balkanisateurs etc...
Malgré tout, ces épithètes ne semblent avoir ému le Président ivoirien que très
modérément, puisqu'il lancera plus tard, sur un ton goguenard: "Le grand
balkanisateur c'était moi ! ". Quand on voit aujourd'hui ce que sont devenus les
vrais Balkans... La méfiance à l'égard du communisme était une donnée essentielle de
la vision géopolitique globale d'Houphouët. Il soupçonnera les Russes de vouloir mettre
la main sur les richesses du continent. Il exhortera constamment les Occidentaux à la
vigilance. Avec une régularité qui fera oublier que, naguère, le député Houphouët
avait eu une alliance avec les communistes, gérants de la succursale française de
l'Internationale socialiste. Mais la suite a montré qu'Houphouët et ses amis n'étaient
intéressés par les communistes que dans la mesure où ceux-ci étaient des
anticolonialistes déclarés. La suite a également montré qu'Houphouët et ses amis ont
usé de cette vieille ficelle communiste: "Alliance tactique, démarcation
stratégique".
D'ailleurs, l'approche d'Houphouët des relations internationales a été essentiellement "géo-économique: "Quelle est, pour le continent, la meilleure alliance, celle qui soit génératrice de progrès, donc susceptible de renforcer l'Afrique?" Cette question semble, chez Houphouët, avoir pris le pas sur l'idéologie, contrairement à d'autres qui avaient une tendance quasi théologique dans ce domaine. Et, bien entendu, le Président ivoirien asservissait toutes les autres considérations à cette émergence économique de l'Afrique, avec comme vaisseau amiral la Côte d'Ivoire ! Ce sera l'axe autour duquel s'ordonnera tout le reste: alliance privilégiée avec l'Occident - qu'il ne ménage pas cependant chaque fois que les intérêts du pays sont contrariés - ; tentative de "civiliser lAfrique du Sud. avec son énorme potentiel; ouverture vers Israël, détenteur de technologies sophistiquées, tout en gardant le contact avec des personnalités palestiniennes, tel que Issam Sartaoui; etc...
On mesure mal aujourd'hui la ténacité qu'il a fallu pour aller à
l'encontre des idées reçues et de l'idéologie dominante. Combien de gens ont approuvé
ses positions d'alors? Pas beaucoup. Mais, les plus opposés n'avaient pas forcement tort.
Ils n'étaient pas sur la même longueur d'onde que le Président ivoirien. Même si, sur
bien des points, l'Histoire a donné raison à ce dernier.
Un jour, quand ceux qui savent parleront et que les archives auront livré leurs secrets,
alors, on aura une idée plus complexe des immenses capacités d'action d'Houphouët sur
l'échiquier mondial.
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NAISSANCE & ENTREE DANS LA VIE PUBLIQUE
(Source: Houphouet, un Combat)
Un milieu d'origine prédestiné
En cette fin du 19ème siècle où Samory a perdu son empire dans une
guerre civile contre la France, la colonie française de Côte d'Ivoire est intégrée en
1899 à l'Afrique Occidentale Française.
Six ans plus tard, le 18 octobre 1905 dans le village de Yamoussoukro au centre du pays
Baoulé, c'est la fête: après quelque trente années de désirs et d'espoir, le petit
Houphouët Dia vient de naître. Il est le fils d'une des chefferies de la tribu des
Akoués, une des branches de l'ethnie des Baoulés.
Il porte le nom de son père dénommé "Houphouët", ce qui en langue locale signifie: "Balayure à jeter"; ce curieux épithète se donnait aux enfants vivants nés d'une même mère. Comme pour compenser ce patronyme, on lui ajoute celui très prometteur de "Dia": "celui qui a le savoir, le pouvoir de dominer, le voyageur, le "magicien" ... car un destin peu commun lui aurait été promis lors des cérémonies rituelles précédant sa venue au monde.
Très vite un évènement malheureux, plein de conséquence pour son avenir, allait marquer sa petite enfance: Houphouët Dia n'a que cinq ans lorsque son oncle maternel Kouassi N'Go - chef des Akoués - meurt, tué par la main d'un des siens, qui lui reprochait sa serviabilité envers le colonisateur.
Or en Côte d'Ivoire la loi matriarcale veut que le successeur au titre soit le fils de la soeur du défunt chef; le petit Houphouët Dia est le premier mâle de la lignée matrilinéaire; il est donc tout désigné pour assumer cette grande charge. Mais son jeune âge puis ses responsabilités professionnelles feront qu'il n'assurera cette tâche qu'en 1938 lorsque meurt son jeune frère.
Il est intéressant de rappeler l'origine de la tribu Akoué,
rattachée à la légende aujourd'hui fort connue de la reine Abraha Pokou qui venant du
pays Ashanti s'installa sur des terres nouvelles, donnant le nom de pays Baoulé à cette
région. Vers les années 1750, la reine Pokou quitte le coeur du pays Agni (situé dans
l'actuel Ghana). Elle s'enfuit après la mort de son oncle le roi de Koumassi afin
d'éviter les sanglantes rivalités opposant les prétendants à la succession. Sa fuite
vers l'ouest est arrêtée par le passage du tumultueux fleuve Bandama; afin d'échapper,
elle et sa suite, aux poursuivants, elle reçoit l'ordre en elle d'immoler sur place son
unique fils; aussitôt un arbre s'abat en travers du fleuve lui ouvrant le passage et la
sauvant elle et les siens. "L'enfant était mort" (baoulé) mais l'héritage
était, sauvé. La tribu des Akoués, groupe des Akans serait également venue du Ashanti.
Yamoussoukro, village natal du petit Houphouët Dia est dans la tradition, le
"village de la mère".
Les pionniers de ces nouvelles régions montrent peu d'intérêt pour les affaires
politiques - leur fuite de leur propre pays en est la preuve - mais ils développent par
contre un certain attachement aux biens de ce monde. Ce sont de grands agriculteurs, des
orpailleurs. Le chef de la tribu, gardien du patrimoine, doit le faire fructifier; la
notion d'enrichissement est une réalité bien concrète.
Houphouët vit ses plus jeunes années dans un climat familial de travail, de prospérité
et de paix. La mort violente de son oncle engendre très tôt chez lui une recherche de la
paix et de solutions pacifiques aux conflits.
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Le certificat d'études
Yamoussoukro est, après Bouaké un des centres les plus importants de
l'administration civile. Les militaires y exercent également leur autorité et applique
la politique coloniale en matière de scolarisation.
A quelques kilomètres de Yamoussoukro, en direction de Bouaflé, une "école"
s'ouvre dans le district de Bonzi. Les premiers éléments recrutés par les militaires
sont les enfants des familles de chefs. Bien évidemment le jeune Houphouët Dia est tout
désigné. Mais la méfiance est grande chez ses proches, et il faut insister auprès de
la vieille "Nana Yamoussou", la rassurer afin qu'elle laisse partir - à contre
coeur - son enfant à "l'école des Blancs".
Jusqu'à l"âge de dix ans Houphouët Dia fait régulièrement ses
quelques dix kilomètres à pied pour rendre à l'école; il se révèle très vite être
un très bon écolier, premier de sa classe, doué d'un esprit vif et curieux. Il lui est
décerné un des tout premiers certificats d'études de la région. Le mécanisme scolaire
est enclenché; après quelque insistance de la part de son maître auprès de sa famille,
Houphouët Dia quitte Yamoussoukro pour aller poursuivre ses études à Bingerville dans
le tout récent "Groupe Central Scolaire".
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Serge Bilé, journaliste : Sa dernière interview
Il a eu le privilège d'interviewer avec d'autres confrères ivoiriens, le président Houphouët Boigny, pour la dernière fois. C'était le 12 août 1993.
J'ai appris la mort du président en Guyane, où je travaille pour la
chaîne de télévision RFO (Radio-télévision française d'Outre-mer). J'étais à la
cafétéria ce matin-là (7 décembre) quand un collègue martiniquais à déboulé pour
m'annoncer la nouvelle. Bien que cela m'ait pas vraiment, j'étais assez bouleversé. Je
n'ai plus eu le coeur à travailler. Du coup, j'ai tout arrêté et je suis parti. J'ai
marché un bon moment dans Cayenne, les gens qui me reconnaissait me souriaient, et moi,
je souriais de façon mécanique. Je me suis arrêté devant un cinéma et j'al vu le
premier film venu. C'était "Germinal", un film qui a ajouté à ma tristesse.
Comme par hasard, je devais présenter le journal ce soir-là. Cela m'a fait drôle
d'annoncer à l'antenne la mort de mon président à des téléspectateurs d'Outre-mer,
dont certains l'avaient connu au temps des colonies.
J'ai été, avec six autres collègues ivoiriens, le dernier journaliste à interviewer le
président Houphouët Boigny. C'était le 12 août dernier à son domicile parisien, rue
Masseran. Je l'avais trouvé fatigué mais rayonnant. Je me souviens qu'il avait
plaisanté à propos des rumeurs qui couraient à Abidjan, depuis un petit bout de temps,
sur sa mort. Il nous m'avait raconté que déjà en 1946, au plus fort de la lutte
politique, on 1'avait donné pour mort. Des amis de Grand-Bassam lui avaient
télégraphié pour lui demander s'il était encore vivant. Je dois reconnaître que je ne
suis pas de ceux qui le glorifiaient, mais c'était un grand homme politique. Il a marqué
pour longtemps la Côte-d'Ivoire et l'Afrique.
Houphouët n'aimait pas beaucoup parler de sa succession. Naturellement, on n'en a pas
parlé. On savait qu'il n'aurait pas voulu répondre. Mais je crois que dans son esprit,
tout était clair depuis longtemps; son successeur désigné, c'est Henri Konan Bédié,
son fils spirituel.
Ce jour-là, nous avons surtout parlé de sa santé, puisqu'il était absent de la
Côte-d'Ivoire depuis plusieurs mois. A la fin, Il a fait un tour d'horizon des problèmes
de la Côte-d'Ivoire et de l'Afrique. il m'a paru réaliste en mettant le doigt sur la
crise, en observant que c'est une crise qui mine pour longtemps les pays d'Afrique et
qu'il va falloir se retrousser les manches pour s'en sortir. Je suis heureux de constater
que la Constitution a été respectée. Parce que si on ne l'avait pas fait, ce serait un
précédent dangereux. La Constitution est le fondement de la République. Cela dit, telle
qu'elle se présente, elle ne me paraît pas adaptée à la situation politique de la
Côte-d'Ivoire. Je pense qu'il faut la revoir, en concertation avec tous les Ivoiriens.
Maintenant, il va falloir se mettre au travail et je crois que l'un des premiers défis
est d'intégrer les ivoiriens. Pendant longtemps, on ne leur a pas fait confiance, dans
presque tous les secteurs d'activité. Ils ont été constamment mis à l'écart, chaque
fois qu'ils étaient en concurrence avec les étrangers. Il est temps de donner la parole
aux Ivoiriens, de leur donner plus d'importance de façon qu'ils aient envie de travailler
pour leur pays et d'en tirer les dividendes. L'autre défi, c'est la liberté ; liberté
d'information, d'expression et que les populations aient le sentiment qu'elles vivent en
démocratie ".
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A LA UNE DES MEDIAS
Source: Fraternité Matin - Spécial Houphouet
La fin d'un homme dévoile ses oeuvres. Avant la mort ne proclame personne
heureux, c'est à la mort qu'on reconnaît un homme». Le Sage Ben Sirac a raison. C'est
à la mort de M. Félix Houphouët Boigny que le peuple ivoirien a découvert sa dimension
africaine et universelle. A l'annonce de son décès, la presse nationale, toutes
tendances confondues, lui a consacré des pages entières dans lesquelles on lui
reconnaît des qualités de nationaliste convaincu luttant pour l'émancipation de son
peuple, de rassembleur politique devenu une référence dans la recherche de solutions
pacifiques aux conflits africains. Homme de dialogue, de paix et bâtisseur. Toutes
les facettes du Président Félix Houphouët Boigny ont été explorées par les
différents articles qui lui ont été consacrés. Les lecteurs ont pu à travers les
différentes publications comprendre, juger l'ampleur de la tâche d'édification de la
Nation, de la mise en chantier d'une politique économique qui a su valoir à la Côte
d'Ivoire des années de grande prospérité avant que sous l'effet désastreux de la
mévente du cacao et du café ne s'installe la crise. La presse internationale pour sa
part a mis en exergue la place de choix qui revenait au défunt Président. Dans des pages
spéciales riches, Jeune Afrique, Paris Match, Africa international, Jeune Afrique
Economie, retracent l'histoire prodigieuse de ce «cerveau politique de premier ordre».
Toutes ces revues périodiques ont proposé à leurs lecteurs des photos retraçant la vie
de l'illustre disparu. Lorsque Paris Match écrit « Il était la dernière figure de
l'Afrique émancipée. La mort du président de la Côte d'Ivoire prive tout un continent
d'un arbitre unanimement respecté » il ne fait que rendre à César l'honneur qui lui
revient des photos avec Michel Debré, Premier ministre du Général De Gaulle, avec
André Malreaux, Guy Mollet, Michel Debré à la passation des pouvoirs entre Charles De
Gaulle et René Coty ont été publiées par Paris Match qui a consacré 16 pages au
décès du Président Houphouët Boigny.
Jeune Afrique a proposé 40 pages retraçant la vie de l'illustre disparu. 40 pages de
rappels historiques, d'analyses résumant l'itinéraire politique de M. Félix Houphouët
Boigny. Ce document comprenait également des photos souvenirs éloquentes: Houphouët
s'adressant en 1946 à ses partisans du balcon de la maison du syndicat agricole africain
à Treichville; avec Ouézzin Coulibaly dans le train qui va sceller leur alliance
politique; avec Hamani Diori et d'Arbousier arrivant pour le congrès du RDA à Bamako;
avec Peter Botha; avec le Pape Jean-Paul Il, avec Shimon Pérès; avec feu Yacouba Sylla
(patriarche de Gagnoa); avec Hassan Il, Bourguiba, Senghor, Sékou Touré, Sankara, De
Gaule, Mobutu, Giscard d'Estaing, Chirac, Mitterrand. Africa International dans un numéro
hors série consacre 48 pages à un dossier sur Houphouët intitulé «La marche du
siècle » comprenant des articles sur la succession, les multiples facettes d'Houphouët;
homme de paix et de dialogue; Dieu et la foi, l'argent, l'amour de la terre et des
paysans, la démocratie, contre la xénophobie, la politique extérieure. C'est surtout
les obsèques qui ont donné lieu à une profusion d'articles. Fraternité Matin a donné
l'exemple d'un engagement participatif en déplaçant à Yamoussoukro une dizaine de
journalistes et de photographes pour rendre compte quotidiennement du passage des
délégations venues de toutes les régions de la Côte d'Ivoire témoigner leur
compassion à la famille éplorée. Du 10 janvier au 8 février, Fraternité Matin a
consacré en moyenne huit pages quotidiennes aux obsèques de Félix Houphouët Boigny
tous les autres organes (Le Voie, Le Nouvel Horizon, Le Démocrate, Notre Temps, Le
Patriote, Réveil Hebdo&) ont consacré une large place aux cérémonies nationales
tant à Abidjan qu'à YaMoussoukro. Qu'il s'agisse des hommages au Palais présidentiel,
des honneurs militaires, du départ par la route du corps à Yamoussoukro, la presse
nationale a consacré largement ses colonnes à ces mouvements, des hommages à la
Fondation pour la Recherche de la Paix, de la messe à la Basilique, la presse nationale a
consacré largement ses colonnes à ces mouvements douloureux de la séparation.
Adieu au grand chef
La messe de requiem à la Basilique Notre Dame de la Paix à Yamoussoukro
a été fortement médiatisée. C'est que 24 Chefs d'Etat et des représentants de 120
autres pays et d'organisations internationales se sont donné rendez-vous autour du corps
de Félix Houphouët. Chacun est venu avec une cohorte de journalistes. Tout le monde a
été frappé par la forte délégation française. Le Monde, France Soir, Jeune Afrique,
Paris Match, Jeune Afrique Economie ont salué l'hommage du monde entier au dernier grand
chef africain. Paris Match propose des images émouvantes, inoubliables.
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LA FORCE DES SYMBOLES
Source: Fraternité Matin - Spécial Houphouet
Lors des hommages du pays profond au Père de la Nation à
Yamoussoukro, le défunt a été identifié à un arbre ou à un animal par plusieurs
délégations, en raison de qualités spécifiques. L'arbre le plus cité a été l'Iroko
ou Alla en baoulé. Chez les baoulés, cet arbre est très puissant au plan mythique, «
cet arbre qui se déplace la nuit à la recherche de forces nouvelles » selon le grand
maître de la sorcellerie John Créppy Apélété, L'Iroko serait en effet le
repère indiqué du redoutable diable géant roi de la forêt qui crache du feu sur son
passage. On le dit très méchant pour les hommes s'il est femelle et vice-versa pour les
femmes. C'est le Zamlangangan ou Djêhoco en Baoulé et Djè Kouè chez les gouro. Le fait
que ce diable géant d'environ trois à quatre mètres de haut ait élu domicile dans
l'Iroko, donne une force certaine à cet arbre. C'est pourquoi dans les villages on n'abat
pas l'Iroko sans sacrifice au préalable. Plusieurs exploitants forestiers clandestins ont
même payé de leur vie pour n'avoir pas respecté ce rituel. On dit même que des Iroko
déracinés à l'occasion de tracée de routes, se sont redressé miraculeusement le
lendemain. Arbre de qualité d'une force extraordinaire et d'une grande longévité,
l'Iroko sied parfaitement à Houphouët-Boigny, et on ne peut trouver aussi meilleure
identification. Le Baobab, oui, le vieux baobab au feuillage touffu, à l'ombre duquel
s'abritaient les Ivoiriens s'est couché et Houphouët est un baobab. Son seul nom servait
à protéger les Ivoiriens, comme l'ombre du baobab. C'est un arbre majestueux,
centenaire, généralement au centre du village. C'est l'arbre à palabre par excellence .
A l'ombre du baobab se règlent les affaires du village. Le baobab, c'est l'arbre qui a vu
naître tout le village. C'est donc l'arbre protecteur parce que censé abriter l'esprit
des anciens. Le Président Houphouët Boigny s'en est allé, mais son esprit veille à
jamais sur ses fils de Côte d'Ivoire. Houphouët, le fromager, saisissante image! Le
fromager, s'il n'a pas la résistance de l'Iroko ses nombreux contreforts servent de
refuge à de nombreuses espèces animales. C'est l'un des arbres les plus imposants de la
forêt . Combien sont-ils, ceux qui vivaient en toute quiétude dans les contreforts de
Félix Houphouët Boigny, le fromager
Le bélier akoué
En ce qui concerne le monde animal, le Président défunt a été comparé
à plusieurs animaux , Houphouët est un Boigny, le Bélier, doué d'une force
extraordinaire avec ses cornes redoutables. C'est à raison que les senoufo disent que
coriaces sont les cornes du Bélier; qui s'y frotte s'y plante. Si Houphouët est un
Boigny chez les baoulé, il est aussi un Blablè-oundi à Lakota. le Tondjiré chez les
kroumen. Tout cela pour designer le bélier, le chef suprême des animaux domestiques en
clair, le Kouzangonin des gouros de sinfra. Houphouët est aussi un kokoroko qu'abron et
koulango disent qu'il ne peut mourir. Le kokoroko est en effet un animal résistant, c'est
le pangolin qui a généralement une longue vie, les qualités du kokoroko sont outre la
résistance, son caractère inoffensif, sa sagesse qui consiste à se recroqueviller sur
lui-même lorsqu'il sent l'environnement malsain. Koulango et abron qui connaissent bien
l'homme ne peuvent choisir mieux pour qualifier le sage de Yamoussoukro, le Bélier
Akouè.
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L'ALLIANCE HORS DU TEMPS
Source: Fraternité Matin - Spécial Houphouet
Au bout d'un quart de siècle, d'un demi siècle ou même d'un siècle
que restera-t-il dans la mémoire collective nationale ou individuelle des ivoiriens, du
long mois que durèrent les obsèques du chef de l'Etat Félix Houphouët Boigny ? Le
temps aura sans doute gommé le subsidiaire et l'oubli, pendant indispensable du souvenir,
permettra de graver à jamais dans le cSur de la nation ce que l'on sait et que si souvent
on a répété: Les ivoiriens ont eu des relations peu ordinaires avec leur premier
président. Les cris de coeur : «indéfectible attachement», «Père de la nation»,
«fidélité à Houphouët et aux idéaux du parti»&que des esprits rétrécis
réduisent à des slogans d'embrigadés, de peuple de labios, et de soumis, éclairés
d'un nouveau jour, s'incrusteront, épitaphes indélébiles dans le futur de la Côte
d'Ivoire dans son avenir. Et dans ce pays de l'oralité que demeure encore la Côte
d'Ivoire, il ne restera pas que la douleur, ni seulement des chants d'espoir et les
paroles d'espérance. Il restera les actes posés sur toute la nation ivoirienne qui
prolonge son attachement à Félix Houphouët Boigny au-delà de la vie. Les délégations
officielles ou privées ne passèrent jamais devant le lac aux caïmans et sur la
"place des béliers "en la résidence de la famille Houphouët Boigny sans y
déposer leurs offrandes: les dons. Le sceau de la tradition imprimée à la cérémonie
ne formulait aucunement que le geste était obligatoire; il pouvait à la limite
sous-entendre que du strict point de vue des coutumes, donner pour présenter ses
condoléances est un devoir& culturel. On peut donc ne pas donner: la liberté dans le
devoir... Un devoir dont l'essentiel tient dans le symbole. D'où la diversité des dons,
expression de la richesse du patrimoine des traditions nationales. Nattes, pagnes d'ici,
savon noir, calebasses, seaux, Mais aussi animaux de valeur, boissons fortes, argent et
poudre d'or. Si les coutumes accordent une valeur particulière à la nature de l'objet,
elles relèguent loin derrière l'importance éventuelle que pourrait revêtir la
quantité. Objets chargés de significations puisées aux sources des mémoires
intemporelles des peuples, les dons ne sont pas un complément des paroles; ils
n'accompagnent pas celles-ci et, celles-ci n'expriment pas toujours toute la profondeur de
leurs sens. Les dons constituent des gestes et en tant que tels ils expliquent dans une
certaine mesure les mots qui peuvent précéder ou suivre.
La mémoire
De toutes les obsèques de Chefs d'Etat africains de ce XXe siècle, celles
d'Houphouet-Boigny auront le plus porté les marques des traditions de son pays. A
Yamoussoukro, du 10 au 28 janvier 1994, les dons se sont succédé au rythme des passages
de délégations. C'est-à-dire de façon ininterrompue. La tentation était donc forte de
s'ériger en comptable et de demander des comptes. D'aucun y ont succombé: cette famille
qui atout eu, qui a tout, a-t-elle besoin de tous ses dons? Pour quoi faire ? Et comment
le font les parents villageois qui calculent les salaires de leur rejetons, la table de
multiplication au poing, pour mieux formuler les exigences, ceux qui s'érigent en
comptables des dons firent leur compte d'apothicaire, avancèrent des chiffres pour
aussitôt s'en indigner. Y a-t-il quelques nécessité à leur donner la réplique? Dieu
qui est propriétaire de tout a -t-il besoin d'offrandes? Mais Houphouët Boigny n'est pas
Dieu. Soit! Il ne l'a jamais du reste revendiqué. Mais Houphouët Boigny n'est pas Dieu.
Soit! Il ne l'a jamais du reste revendiqué. Cependant si Houphouët Boigny a reçu de son
pays et des ivoiriens, que ne leur a-t-il pas donné? Beaucoup de lui-même, voire tout.
En donnant à sa famille pour ses obsèques et pour lui présenter leurs condoléances,
les Ivoiriens, les Africains et le monde entier ne lui payaient pas un (sur) salaire
ni une prime pour services rendus. Il ont une claire conscience de ce que plus que la
parole, l'acte engage. Exigence d'alliance entre les donateurs et les bénéficiaires, les
dons scellent les rapports et les inscrit hors du temps. Importante pour ce qu'il
symbolise, multiples à l'image des coutumes de ceux qui les ont faites, les dons à la
famille Houphouët Boigny sont ce qui restera entre autres. Les hommes meurent comme il
ont vécu, dit-on. Les peuples ont donné à Houphouët Boigny comme il a donné lui-même
de son vivant. Quantitativement on le lui a pas beaucoup donné. Qualitativement pas
autant qu'il a donné et s'est donné, mais symboliquement les Ivoiriens et tous les
autres ont donné beaucoup. Avec leur coeur. La mémoire de la Côte d'Ivoire retiendra.
L'histoire du pays et 1'histoire tout court n'oublieront pas.
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CERVEAU POLITIQUE
(Source : Général DE GAULLE)
" Cerveau politique de premier ordre, de plein - pied avec toutes les questions qui concernent non seulement son pays mais aussi lAfrique et le monde entier ayant chez lui une autorité exceptionnelle est au dehors une indiscutable influence et les employant à servir la cause de la raison "
L'HOMMAGE MERITE
Source: Fraternité Matin - Spécial Houphouet
L'affection ne se décrète pas. Elle se mérite. Quoi de plus normal donc
que la communauté internationale dans son ensemble ait décidé le lundi 7 février 1994
d'honorer le Président Félix Houphouët Boigny. De rendre un hommage solennel et
émouvant à sa dépouille. Oui pour 84 Etats présents ce jour à Yamoussoukro parmi
lesquels 42 états Africains.Il s'agissait beaucoup plus d'accomplir un devoir qu'une
faveur. Le 7 février 1994 donc, Yamoussoukro, village, ville, commune, capitale politique
et administrative de notre pays est devenu le temps d'une demi-journée, non seulement la
capitale de l'Afrique, mais aussi un peu celle de la France, celle du monde. Tenez ! Pour
cet ultime adieu au Président Félix Houphouet-Boigny, 24 chefs d'Etat ont fait le
déplacement. De l'inédit pour des obsèques sur notre continent. A ces personnalités
politiques de premier plan, bien d'autres non moins honorables: la duchesse de Kent:
déléguée par la Grande-Bretagne, le ministre de l'Energie des Etats-Unis, l'Aga Khan,
le D.G de l'Unesco, les anciens présidents Gowon. Obasanjo, Dacko, Saïbou etc. Mais,
l'un des faits les plus significatifs du soutien de la communauté internationale a été
incontestablement, l'imposante délégation française venue prendre part à ces
obsèques. Hommes politiques de gauche, de droite, du centre, Ils ont presque tous fait le
déplacement de Yamoussoukro. A bord de deux avions: un Airbus et un Concorde. Autour du
président français François Mitterrand, le Premier ministre Edouard Balladur, plusieurs
membres du gouvernement. Mais aussi l'ancien président Valery Giscard d'Estaing, tous les
anciens Premiers ministres de ces quinze dernières années: Jacques Chirac, Raymond
Barre, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Michel Rocard, Edith Cresson. Au total, une
délégation officielle française forte de plus de 77 personnes. Là aussi du jamais vu
sur notre continent. Normal, pourrait-on dire. Car, le Président Houphouët ne s'est pas
donné uniquement pour notre pays ou pour l'Afrique. Ministre plein dans six gouvernements
français avec même rang de ministre d'Etat, député à l'Assemblée nationale
française, il a été de ceux qui ont su cultiver et entretenir les meilleures relations
avec l'ancienne puissance coloniale. Des rapports basés sur une confiance mutuelle et sur
le respect des intérêts bien compris de chacun des deux Etats, la Côte d'ivoire et la
France. La France reconnaissante ne pouvait donc pas ne prendre part à cet ultime
hommage. Mais ce qui a surpris, même d'anciens collaborateurs du Président Houphouët,
c'est le nombre et la qualité de la présence française. Véritablement tous les leaders
politiques crédibles et représentatifs français, tous les «poids lourds» étaient à
Yamoussoukro. Au total, on retiendra que si de par le monde; de tous les continents,
environ 1300 personnalités sont venus rendre un hommage mérité au président Houphouët
Boigny, c'est que véritablement le Père de la Nation ivoirienne, n'a pas vécu inutile.
Et que son passage sur la terre des hommes a été l'un des plus marquants, l'un des plus
remplis. Les ivoiriens en vivent et en vivront longtemps sinon éternellement les
retombées.
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