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Un parcours exceptionnel Une enfance et une jeunesse exceptionnelles. Une vie professionnelle
(Médecin africain) mouvementée. Un chef coutumier n'ayant presque pas exercé le
pouvoir. Un syndicaliste (Syndicat agricole) et un homme politique (député et ministre)
progressiste et sage. Enfin, un chef d'Etat de dimension internationale. Voilà résumé
l'itinéraire du grand homme, de sa naissance le 18 octobre 1905 à sa mort le 7 décembre
1993 à Yamoussoukro, son village natal. |
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1910: Décès du chef Kouassi N'Go, oncle du petit Djaa, tué
par les Akouès qui lui reprochent de les avoir trahis auprès des colons français. Mais
la chefferie reste dans la famille puisque le petit Djaa devient chef. Mais à 5 ans, il
lui était impossible d'exercer le pouvoir que la mère confie à son nouveau mari, un
certain Gbro Diby, le père du petit Djaa étant décédé après la naissance de Djaa
Augustin, le frère cadet qui portera le nom du fétiche qu'Houphouët avait refusé, en
n'observant pas son interdit: ne pas manger ni même toucher le manioc. Déjà l'esprit
contestataire! Cependant il gardera le nom qui s'écrira Dia: Dia Houphouët
1910 (toujours): Le petit Dia, destinée à assumer plus tard les responsabilités
de chef de canton doit recevoir une éducation traditionnelle. Mais par la force des
choses, l'héritier du trône des Akouès se retrouve à l'école des Blancs! A l'époque,
les fils des notables devant obligatoirement passer par l'école française. Ainsi,
malgré les oppositions - tentatives de lui substituer des serviteurs, résistance
notamment de sa grand-tante Yamousso - le neveu de Kouassi N'GO est Inscrit en 1910 à
l'école du poste militaire de Bonzi près de Yamoussoukro.
1915 : Fin du cycle de Bonzi. Le petit Dia Houphouët sorti premier de sa
promotion, doit servir, comme il est de coutume, comme «boy» chez le commandant en Poste
à Bonzi (un certain Gervais) Mais, par un heureux hasard, il est renvoyé une semaine
après, à la suite des piqûres d'abeilles qui ont «boursouflé» son visage. Ce qui
permet à l'enfant de continuer ses études sous l'impulsion de l'administrateur Marc
Simon qui s'est lié d'amitié avec sa famille. L'enfant se présente au concours
d'entrée à l'école primaire supérieure de Bingerville qu'il réussit brillamment.
1915-1918: Fin de l'étape de Bingerville. Le petit Dia est encore premier mais on
lui refuse le concours d'entrée à William Ponty de Gorée. Motif: trop frêle
physiquement il a fallu attendre l'année suivante, en 1919. A cette étape de
Bingerville, il faut aussi signaler sa conversion au catholicisme, troquant ainsi Bosson
Djaa contre Dieu Jésus! Sacrilège pour un chef coutumier, garant des Institutions
animistes akouès! S'attribuant le prénom chrétien de Félix contre le nom fétichiste
Dia
Sous l'influence du père Gorju qui dirigeait la mission catholique de
Bingerville. Réprobation à Yamoussoukro, mais rien n'y fit: l'héritier du trône des
Akouès restera chrétien!
1919-1921: Ecole Normale William Ponty de l'île de Gorée. Le jeune Dia Houphouët
Félix aura des professeurs parmi lesquels il rencontrera plus tard au cours de sa
carrière politique certains comme son professeur de mathématiques, le Sénégalais
Lamine Guèye. Deux années de formation et voilà son diplôme d'instituteur en poche.
Mais étant trop jeune (16 ans), il aurait touché la moitié des salaires de ses
collègues majeurs. Il choisit de poursuivre ses études, encouragé par un de ses
professeurs, un certain Raquin. Il a le choix entre Aix-en-Provence (France) et la
nouvelle école de Médecine de Dakar. Sur les conseils de Raquin qui vient d'être
affectée dans cette école, il choisit Dakar.
1921-1925 : Ecole de Médecine de Dakar ouverte en 1920. Parmi les professeurs, le
jeune Dia Houphouët voue un amour filial qui frise la vénération au PR Le Dantec,
directeur de l'école. Celui-ci lui rend bien son admiration. «Il est dur comme
l'ébène, mais avec un regard de Nyala". Ce qu'il faut retenir, c'est qu'en 1925
celui qui devait être "guérisseur traditionnelle" devient le Dr Dia
Houphouët, décrochant son diplôme de médecin africain " et sortant major de sa
promotion.
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Une vie professionnelle
mouvementée
Hormis quelques échauffourées (comme sa protestation, en 1919, contre la
discrimination sur le bateau entre élèves dahoméens et ivoiriens orchestrées par les
colons et aussi la défense d'un étudiant africain à Dakar (S. Diallo, p. 42), le
parcours scolaire a été calme. Mais sa carrière professionnelle a été vraiment
émaillée de nombreux incidents provoqués par l'administration coloniale.
1925 (26 octobre): Première prise de service à l'hôpital central d'Abidjan. Bien
qu'il soit jugé "excellent collaborateur aux belles qualités professionnelles"
Houphouët va être victime d'une suspicion je dirais "illégitime" de la part
de l'administration médicale: on lui reproche son «mauvais esprit sénégalais»
(rebelle) avec ses réunions avec ses collègues africains, et surtout la mise sur pied
d'une «Amicale» réunissant «médecins auxiliaires, aides médecins et infirmiers» et
qui n'hésite pas à s'engager dans des revendications syndicales osées! Brutalement le
Dr Dia Houphouët sera «expédié» à Guiglo, un poste d'accès difficile, ou l'on
envoyait les "fonctionnaires récalcitrants».
1927 (27 avril): Affectation à Guiglo. Affectation considérée comme une
sanction. Mais le Dr Dia Houphouët avouera plus tard que c'est à Guiglo qu'il commença
véritablement sa carrière. S'intégrant dans la population guéré, il acquiert
rapidement sa confiance, quadruplant le nombre des consultations et faisant reculer
considérablement le charlatanisme (S. Diallo, p. 48). L'administration locale est
contente du jeune médecin, ce qui explique les rapports élogieux sur lui, demandant son
avancement. Mais il restera longtemps dans sa catégorie de «médecin auxiliaire de 3è
classe», le «mauvais esprit sénégalais» étant resté collé à sa peau. Houphouët
gardera cependant un souvenir inoubliable de la capitale des Guérés: «A Guiglo, j'aurai
appris à vivre, à lutter, à espérer. Guiglo où, au chevet de mes malades qui m'auront
tous fait confiance, j'aurai appris de bonne heure que tous les hommes sont frères »
(S.Diallo, P. 50). Il faut aussi dire que c'est à Guiglo qu'Houphouët a appris à être
planteur, créant la première plantation de café de la région.
1929 (17 septembre): Affectation à Abengourou, poste réservé aux médecins
européens, en raison de l'importance de l'Indénié, premier centre producteur de cacao
et de café. Une autre étape très importante dans la carrière du Dr Dia Houphouët: non
seulement il se marie en 1930 avec une musulmane ivoiro-sénégalaise, Khady Racine Sow
(mariage à l'église après autorisation du Pape!) mais aussi s'investit profondément
dans la lutte contre l'injustice des prix du cacao, provoquant même la grève des
planteurs et écrivant son fameux pamphlet au titre on ne peut plus provocateur: «On nous
a trop volés». Il tentera de mettre sur pied un Syndicat agricole africain, mais les
Joseph Anoma, Dadié, Boni ne l'ont pas suivi; allant s'inscrire au syndicat mixte pour
jouer les "chevaux" aux cavaliers blancs. Et Félix Houphouët Dia sera
finalement muté à Dimbokro.
1934 (3 février ) Mutation à Dimbokro poste choisi par Félix Houphouët
lui-même pour être près de Yamoussoukro où il entend jouer désormais un grand rôle
dans la gestion des biens familiaux magnifiquement tenus pu son frère Augustin. A
Dimbokro, Houphouët déclare dans ses «Confidences» avoir construit un hôpital
comprenant un pavillon opératoire auquel il à donné le nom de Botreau-Roussel
(Confidences, p. 73). Ce qui est certain c'est que le Dr Houphouët Dia a fait ici encore
preuve de grand dévouement et de réelles qualités professionnelles. D'où les notes
très flatteuses qu'il obtient de la part de l'administration du cercle R Winckler qui
donne 20/20 à Houphouët en écrivant: "le médecin auxiliaire Houphouët est un
jeune praticien indigène de premier ordre. Doué d'une intelligence extrêmement aiguë
et d'une finesse remarquable, très instruit, de caractère élevé et d'esprit excellent
et rigoureusement droit, c'est le prototype du collaborateur de tout premier choix qu'un
chef voudrait avoir avec lui .Le chiffre de ses consultations a crû dans des proportions
énormes. Son dévouement à ses fonction est inlassable (-) Je n'ai jamais encore
rencontré au cours de ma carrière un médecin indigène de ce caractère et de cette
valeur » (Siradou Diallo, p. SB). On accordera bientôt (enfin) la promotion à laquelle
Houphouët a droit pour ses mérites personnels et professionnels, mais son cur
semble désormais ne battre que pour Yamoussoukro. Il demande et obtient son affectation
à Toumodi qui sera son dernier poste en tant que médecin
1936 (28 JUIN): près de chez lui, "l'excellent médecin africain" n'a
plus le coeur au travail. Il est vrai que peu après son affectation à Toumodi, sa mère
meurt à Yamoussoukro, mère (N'Dri Kan) à laquelle il est très attaché. Mais le
médecin Houphouët ne récolte plus que de mauvaises notes. Le médecin -colonel
Camfrenaud écrit à son sujet «Houphouët serait peut-être un excellent médecin
auxiliaire ailleurs que chez lui, où il s'est révélé jusqu'ici qu'excellent politicien
et excellent planteur (
) Fait ce qu'il veut et rien que cela
Absence
fréquente et répétée " le 8 juin 1939, la décision tombe: «M. Houphouët
Félix. Médecin auxiliaire de première classe, est mis en service détaché dans la
position de congé hors-cadre en vue de sa nomination à la chefferie des Akouès, cercle
de Dimbokro». Licenciement ou démission? Démission car depuis le décès (décembre
1939) de son jeune frère Augustin, Houphouët était appelé à exercer enfin le pouvoir
à Yamoussoukro.
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chef coutumier- planteur - syndicaliste
1910: Après la mort de son oncle Kouassi N'Go, Houphouët devient
l'héritier légitime du trône des Akouès. Mais à 5 ans, il ne peut exercer le pouvoir,
surtout que, de surcroît il doit aller à l'école. Et c'est son beau père, le nouveau
mari de sa mère, Gbro Diby, qui l'exerce à sa place.
1933: Les Akouès réclament Houphouët pour prendre le pouvoir exercé de façon
peu «légitime» par son beau-père à qui l'on reproche de surcroît son caractère
autoritaire. Mais pour pouvoir mener sa carrière de fonctionnaire, Houphouët se désiste
en faveur de son frère cadet Dia Kan Augustin. D'autres sources indiquent que les
Français se sont opposés à la nomination d'Houphouët pour son «mauvais esprit
sénégalais». Toujours est-il que son frère prend le pouvoir à Yamoussoukro en 1933.
1939: Augustin meurt brutalement Et cette fois, Houphouët ne peut se dérober!. Il
retrouve donc son trône en succédant à son frère cadet Et ce qui a caractérisé le
pouvoir de ce médecin chef, c'est le travail des champs, comme il l'explique lui-même:
«Entre 1925 et 1939, mon frère avait accompli un travail exemplaire. Très économe,
très travailleur, il avait acquis un capital qui me fut grand secours pour le combat
politique» (Confidences, p. 75). Il reprend les plantations; qu'il agrandit davantage,
devenant l'un des plus importants planteurs africains, notamment grâce au tabac introduit
par Augustin.
1944: Après avoir refusé l'idée en 1932 à Abengourou Gabriel Dadié, Joseph
Anoma etc. viennent trouver Houphouët à Yamoussoukro pour la création d'un Syndicat
agricole africain autonome(SAA). Mais après les décès successifs des êtres chers (sa
mère en 1936, son frère en 1939 et son fils aîné en 1941), l'ancien «excellent
médecin africain» entend se consacrer désormais à sa famille et à sa chefferie à
Yamoussoukro. Mais comme si cela était écrit quelque part que cette chefferie des
Akouès, Houphouët l'exercera, les Anoma insistent notamment sur les conseils du
gouverneur Latrille et de l'administrateur Lambert qui assurent connaître l'esprit de
justice et de combativité d'Houphouët: dès lors c'est lui qu'il fallait. Finalement il
cède.
8 août 1944: SAA est officiellement reconnu. Houphouët à la fois président et
secrétaire général. Première décision: 6 F par jour aux travailleurs des plantations,
contre 3,50 F offerts par les colons. Plainte fut portée contre le président du SAA pour
cette décision. Il fut même l'objet d'enquêtes depuis Paris (le ministère des Colonies
envoya un inspecteur). On reproche à Houphouët d'être un anti-français. Les preuves?
Il n'a jamais sollicité la citoyenneté française alors qu'en épousant Racine Sow, dont
le père est de Saint-Louis du Sénégal commune de pleine exercice , il peut avoir cette
citoyenneté; de plus après avoir servi 13 ans dans l'administration, il lui suffit de
solliciter cette citoyenneté pour l'obtenir; enfin, étant l'un des plus importants
propriétaires de la colonie, Houphouët aurait pu demander cette citoyenneté qui lui
aurait été accordée automatiquement. S'il ne l'a pas fait c'est qu'il est contre la
France, c.q.f.d.! Mais selon Houphouët, l'inspecteur du ministère des Colonies, un
certain Lucas, a quitté la Côte d'ivoire en devenant son ami: Il est allé écrire un
rapport élogieux à son égard!
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les premiers pas de l'homme politique
1945: Houphouët sollicité par tous pour se présenter aux
élections législatives (collège réservé aux indigènes). Il hésite, pour des raisons
de famille. Mais encore une fois, on le convainc. Au premier tour, Houphouët passe, mais
on provoque un ballottage artificiel. De toute façon, Il gagne de nouveau au deuxième
tour
Octobre 1945, Il prend le bateau pour la France. A Paris, IL rencontre les élus
africains comme Lamine Guèye, son ancien professeur de mathématiques, Léopold Sédar
Senghor, Fily Dabo Sissoko, Apithy, etc. Il est question d'apparentement aux groupes
parlementaires français. Selon la proposition même d'Houphouët les élus africains
doivent s'inscrire aux trois groupes français afin de multiplier leurs chances de
soutien. Tous s'empressent alors de s'inscrire qui à la SFIO, qui au MRP. Dans la case de
PCF, personne. Houphouët s'y inscrit avec Fily Dabo Sissoko, Apithy, Tchicaya. En fait,
ils se sont Inscrits au MR (Mouvement uni de la résistance) de Emmanuel d'Astler de la
Vigerie qui est apparenté au groupe parlementaire commun" Un apparentement qui va
coûter cher à Houphouët, traité de communiste, de «valet de Moscou
»
11 avril 1946: Loi Houphouet-Boigny consacrant l'abolition du travail forcé dans
les colonies est votée. Vote sans débat. Une loi qui va assurer la célébrité du
leader ivoirien, car aujourd'hui encore, c'est cet acte que retiennent la plupart des
gens, notamment ceux qui ont vu le travail forcé ou en ont entendu parler,
26 avril 1946: Pour soutenir sa politique et surtout fortifier la machine
électorale, Houphouët et ses amis décident de créer un parti politique. Le SAA est
transformé en un parti politique, le Parti démocratique de Côte d'ivoire (PDCI)Avec,
comme membres fondateurs, des hommes comme Coffi Gadeau. Fily Sissoko, Konan Kanga,
Auguste Denise, Ouezzin Coulibaly, Etienne Djaument
Avec le PDCI, Houphouët s'est
trouvé encore mieux armé pour arracher la victoire beaucoup plus facilement à la
seconde constituante le 2 juin 1946, après que les Français eurent rejeté la première
(constituante).
18 octobre 1946: A Paris il fallait créer des mouvements politiques pour soutenir
la politique des élus africains. L'idée d'un rassemblement africain est retenue, mais à
la dernière minute, tout le monde «se débine», avec l'argument qu'Houphouët est un
communiste. Effectivement le Congrès de Bamako se tient mais uniquement avec le soutien
des communistes. Le 18 octobre 1946, le mouvement devient une réalité, mais, considéré
comme -la tête de pont du communisme en Afrique noire française», il sera soumis à une
répression sauvage pendant dix ans» (Confidences, p. 116).
1950: Vu la répression sauvage qui s'abat sur les militants RDA, en Afrique nuais
surtout en Côte d'ivoire (Bouaflé, Dimbokro, Treichville) Houphouët envisage le
désaparentement avec le PCE et malgré quelques oppositions, comme celle de Gabriel
d'Arboussier, le désapparentement a eu lieu et avec l'accord des communistes eux mêmes
qui, en perte de vitesse en France, n'ont pas les moyens d'aider les Africains. La
signature de l'accord est intervenue officiellement le 18 octobre 1950. Houphouët opère
alors un nouvel apparentement avec 1'UDSR de René Pleven. Accord signé le 6 février
1951 à Abidjan avec François Mitterrand alors ministre de la France d'Outre-Mer. Le RDA
est désormais placé dans le cadre constitutionnel français!
1956: Comme par enchantement, après le désapparentement, le calme est revenu en
Côte d'Ivoire. La victoire du RDA aux législatives, du 2 janvier 1956 est écrasante,
les deux sièges en jeu sont raflés par Félix Houphouët Boigny " planteur,
médecin, Chef de canton, président de l'Assemblée territoriale, grand conseiller de
l'AOF. député sortant" et par Daniel Ouezzin Coulibaly, "grand conseiller de
l'AOF, sénateur, conseiller territorial». Mais au total le RDA obtient 9 députés élus
à l'Assemblée nationale française. Et c'est fort de cette "forte
représentativité" que Félix Houphouët Boigny est nommé ministre dans le
Gouvernement du socialiste Guy Mollet. A ce titre, il va participer activement à
l'élaboration de la "loi cadre" dite "loi Gaston Defferre" instituant
le cadre le cadre institutionnel qui prévoit pour la première fois l'autonomie des
colonies françaises.
1958: Le général de Gaule revient: au pouvoir. Houphouët qui est resté
«ministre permanent» (chaque Président du conseil Partait en me laissant en otage à
son successeur». Aimait-il à répéter), est nommé ministre d'Etat. il jouera un rôle
déterminent dans l'élaboration de la Constitution de la V' République en essayant de
faire admettre l'idée d'une "Communauté franco-africaine" au sein du comité
restreint (avec Pierre Plimlin, Guy Mollet et Louis jacquinot) chargé de l'examen de
l'avant-projet de la constitution, il n'a pas su ou pu imposer cette idée: pour lui la
communauté devrait être une sorte de fédération avec chaque Etat africain autonome
négociant directement avec la France; mais l'idée fondamentale est que les Etats
africains n'étaient pas encore prêts pour l'indépendance immédiate et que par
conséquent il ne faut pas se précipiter ." Nous avons en Côte d'Ivoire vingt
avocats, dix médecins et deux ingénieurs. Croyez- vous vraiment que nous puissions nous
débrouiller tout seul ? " se demande-t-il ? ce qui est clair! Mais, emportés par
l'enthousiasme, tous les leaders africains ont épousé la thèse de l'indépendance
immédiate!
un chef d'Etat courageux
1960(7 août):c'est donc un Houphouët seul, isolé, meurtri,
déçu, qui proclame l'indépendance de la Côte d'Ivoire le 7 août 1960. Après avoir
créé en 1959 le Conseil de l'entente comprenant la Côte d'Ivoire, la Haute volta, le
Niger et le Dahomey. Une sorte de regroupement plus souple d'entraide .Pour certains,
c'était pour torpiller le projet de fédération de Senghor. Houphouët etait en effet
contre tout projet de fédération car pour lui cela n'irait pas nulle part à cause des
querelles de personnes! L'éclatement de la Fédération du Mali (Sénégal-Soudan) ne
donne-t-il pas raison au leader ivoirien?
1963-1965: Le débat sur «Indépendance immédiate - indépendance différée»
d'une part et sur «socialisme-libéralisme » d'autre part ne se posait pas seulement
entre les leaders africains contre Houphouët Boigny, il se posait aussi entre les leaders
ivoiriens. Et le ralliement de tous les partis politiques en 1957 au PDCI-RDA n'y changea
rien. La révélation d'un complot en 1963 entre dans ce contexte qui entraîna une vaste
purge contre les «nationalistes, socialistes et indépendantistes». Pour Jean Noël
Loucou, c'était un complot de l'impérialisme international contre les
"nationalistes" ivoiriens! (voir le multipartisme en Côte d'Ivoire, Ed. Neter,
1992)
1971: Parmi les événements qui ont marqué la Côte d'Ivoire indépendante, il
faut citer en bonne place la fameuse conférence de presse d'Houphouët prononcée devant
la Presse nationale et internationale le 28 avril 1971. Houphouët surprend tout le monde
en proposant le dialogue avec l'Afrique du sud .Tollé général! En Côte d'Ivoire, en
Afrique et dans le monde. Serein, le premier Président de la Côte d'ivoire déclare:
"Je m'accrocherai à cette idée jusqu'à ce qu'on me prouve que j'ai eu tort!"
Bien entendu, aujourd'hui, tout le monde dialogue avec Pretoria, mais en oubliant un peu
l'acte historique du leader ivoirien!
30 avril 1990: A la faveur du déferlement du vent démocratique qui a soufflé sur
le monde entier en 1990, démolissant le mur de Berlin et la citadelle communiste des pays
de l'Est (Perestroïka), Houphouët proclame le retour au multipartisme. Surprise
générale! Ce sera l'un des derniers actes majeurs posés par le «Bélier de
Yamoussoukro» avant d'expirer le 7 décembre 1993!
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Président du Syndicat Agricole
Africain
8 août 1944 : naissance du Syndicat Agricole Africain
Les pionniers, premiers adhérents du Syndicat, se doivent de montrer l'exemple et de convaincre les autres planteurs d'y adhérer. Il s'agit de faire prendre conscience aux planteurs que l'avenir économique de la Côte d'ivoire est entre leurs mains et que cela mérite l'effort de renoncer aux réquisitions dont la plupart bénéficiaient. Félix Houphouët est le mieux placé pour encourager cette entreprise: il est nommé Président du Syndicat. Tant auprès des planteurs réticents qu'auprès de l'administration et des colons franchement hostiles, il se fera l'ardent avocat de la cause. Il réunit 12.000 adhérents. Il est aidé dans sa tâche par le chef traditionnel des Abrons, Kwamé Adingra, Joseph Anoma (plus tard Président du Syndicat), Marcel Laubhouet, Gabriel Dadié.
Un violent combat est mené auprès des planteurs européens car Félix Houphouët réclame non seulement l'abolition des réquisitions et le remplacement provisoire par un système de métayage (emprunté au Ghana) mais encore le droit pour les planteurs ivoiriens de vendre la production directement aux maisons de commerce, le droit à tous les avantages et facilités accordés aux planteurs européens; bref, Félix Houphouët, porte-parole de ses frères, réclame l'abolition des privilèges.
On crie à la catastrophe, et le Président du Syndicat passe pour un
illuminé, il doit aller à Dakar en 1945 pour s'expliquer devant le gouverneur général.
Celui-ci, désorienté, propose une confrontation des deux antagonistes.
A Dimbokro, une conférence réunit les planteurs européens et Félix Houphouët tente
une dernière fois de les convaincre. Il est tourné en dérision, on le défie de trouver
des travailleurs libres. C'était mal connaître l'opiniâtreté du Président du
Syndicat, son implantation dans le secteur paysan et ses relations amicales ou
fraternelles avec les grands chefs des régions du Nord qui fournissaient jusqu'alors la
main d'oeuvre (4).
Il obtient le recrutement de 1.500 manoeuvres dans la région de Korhogo. Puis il décide
de monter au Nord dans le pays Mossi, chez le Moro Naba, accompagné de ses amis G.
Dadié, Baba Keita et J. Anoma. Le voyage est pénible, parsemé de désagréments que
leur cause l'administration coloniale, mis à part le gouverneur Latrille, bien décidé
à les aider dans leur entreprise. Au total quelque 4.000 volontaires seront embauchés
pour la campagne de 1945. Le Président du Syndicat a remporté une grande victoire,
révélant l'efficacité d'une initiative uniquement africaine. Il tente encore une
conciliation avec les planteurs européens mais, devant le refus de ceux-ci à évoluer,
il décide que le Syndicat restera autonome.
Mais Félix Houphouët n'a pas la victoire arrogante et il maintient le contact avec les
autorités coloniales.
(4) Cela était d'ailleurs un sujet qui les préoccupaient et dont ils avaient maintes fois discuté lors des voyages que Félix Houphouët effectuait alors qu'il était chef de famille et qu'il montait vers le Nord avec ses camions de kola.
Il veut simplement prouver que le paysan ivoirien est capable de
confiance, de responsabilité et d'initiative. Il encourage les paysans à poursuivre leur
effort, à redoubler de travail pour augmenter le rendement.
Bientôt le Syndicat élargit son audience et tous ceux qui sont préoccupés de l'avenir
de la Côte d'Ivoire, fonctionnaires, intellectuels y adhèrent.
C'est une première prise de conscience collective, la naissance d'un courant
d'émancipation politique, le début d'une union nationale, les différentes ethnies
s'atténuant au profit d'un intérêt économique commun.
Félix Houphouët est devenu très populaire. Il faut dire que les résultats obtenus par
le Syndicat sont probants et rapides. La production est remontée à 35.000 T, c'est un
franc succès. Le Syndicat compte alors 20.000 adhérents.
L'entrée dans la vie publique de Félix Houphouët est déjà bien amorcée. Elle se
concrétise à l'occasion des élections à l'Assemblée Constituante, où le gouvernement
français décide d'associer les colonies.
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L'élection à l'Assemblée Constituante
En octobre 1945 le gouvernement français invite la Côte d'Ivoire à
envoyer deux députés pour siéger à l'Assemblée Constituante (5).
Félix Houphouët était tout désigné pour être candidat à cette députation; mais
l'homme d'action qu'il est n'est pas vraiment tenté par cette expérience publique dans
une France qu'il ne connaît pas, il préférerait continuer à s'occuper du Syndicat des
planteurs. Après quelques hésitations, il se rend cependant à la raison de ses amis, de
sa famille et des notables.
La période électorale est parsemée d'embuches, le milieu colonial étant franchement
opposé à sa candidature. Mais il fait malgré - treize autres candidatures -
l'unanimité des voix dans toutes les régions et, en dépit des importantes disparités
ethniques, il est élu avec une écrasante majorité le 22 octobre 1945.
Cette élection marque le début de l'entrée dans la vie publique de Félix Houphouët.
Elle signifie également la fin de l'écrasant pouvoir colonial et le début d'un éveil
national.
A son arrivée en France, il prend le nom de Félix Houphouët Boigny pour répondre aux
exigences de l'Etat civil français. "Boigny" qui veut dire "Bélier"
en dialecte local est le nom que portait son aïeul.
Il est bien accueilli et il retrouve entre autres, élus d'Afrique, Lamine Gueye, avocat
à Paris et doyen des parlementaires africains.
Mais il sera très vite édifié par la vie publique française, faite d'intrigues et
d'entredéchirements pour le
(5) Un premier député devait être élu par un premier collège électoral de "citoyens" Français de naissance ou naturalisés et un deuxième député devait être élu par un second collège de "sujets" Français. Ce qui représentait environ 30. 000 électeurs.
pouvoir. Il se rend compte surtout que l'Afrique est bien loin des
préoccupations des élus européens.
A part les communistes personne ne semble se soucier du sort de l'Afrique. Déjà, lors
des débats en Côte d'Ivoire sur la suppression du travail obligatoire, les communistes
avaient été les seuls à s'y intéresser.
Félix Houphouët Boigny comprend peu à peu que les communistes exercent une grande
influence dans la vie politique française. Ce sont les plus nombreux à l'Assemblée
Constituante et ils sont représentés dans le gouvernement, avec Maurice Thorez nommé
ministre d'Etat. Ils étaient déjà dans le Comité Français de Libération Nationale de
Londres et dans le Comité d'Alger.
Après trois mois de réflexion et d'observation qui devaient l'amener à choisir ses
alliés, le jeune député décide de s'apparenter au M.U.R., groupe parlementaire allié
au groupe communiste où il y retrouve ses futurs compagnons de lutte: Sourou Migan
Apithy, Félix Tchicaya et Fily Dabo Sissoko.
Le jeune député a en fait une idée bien précise derrière la tête en songeant à cet
apparentement; il veut faire voter la loi abolissant le travail forcé. Or il ne connaît
rien de la procédure parlementaire à suivre; il a besoin de conseils et de l'expérience
des autres en la matière. Les communistes étant les seuls à s'être intéressés à ce
problème, il considère qu'une alliance avec eux est une bonne tactique.
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La loi Houphouët Boigny
L'abolition du travail forcé
Trois mois après son apparentement au M. U. R., six mois après son
élection le jeune député dépose sur le bureau de l'Assemblée Constituante un projet
de loi réclamant "la suppression radicale et immédiate du travail forcé".
Dans le même esprit de pure tactique il propose de créer un intergroupe composé de tous
les parlementaires africains, apparentés aux différents partis français, pour mieux
faire face à l'opposition des représentants parlementaires coloniaux.
Le jeune député ivoirien désigné comme rapporteur de sa proposition de loi, dresse un
réquisitoire sobre mais poignant devant un auditoire attentif; bon nombre de
parlementaires ignorent la réalité et se trouvent face à un cas de conscience. Auprès
des Français de France, il touche la corde sensible qui les fait vibrer car ils ont tous
souffert sous l'occupation allemande du travail obligatoire.
La loi est votée; Félix Houphouët Boigny a fait prendre conscience aux métropolitains
qu'il est temps de permettre aux pays d'Outre-Mer d'évoluer dans la dignité.
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En fait, le débat est ouvert depuis la Conférence de Brazzaville en
janvier 1945.
Un affrontement de consciences, de nombreux débats aboutissent à la Constitution de 1946
qui donne le jour à l'Union Française.
Dès lors Félix Houphouët Boigny allait s'acharner à donner un sens à cette Union
Française, car elle risquait de rester une formule vague. Pour la plupart des députés,
il était encore trop tôt pour parler de relations des pays d'Outre-Mer avec la France;
d'autres y voyaient un piège dans lequel la France deviendrait "la colonie de ses
colonies". En fait les Français sont trop préoccupés alors par leurs propres
problèmes.
Cependant M. René Pleven apporte, au sein de la 1ère Constituante, l'idée nouvelle
d'une fédération qui rejoint tout à fait l'idée que Félix Houphouët Boigny se fait
du devenir de l'Union Française.
Un texte plein de bonnes résolutions est adopté mais il en ressort que la France demeure
toujours souveraine. Alors, quel progrès par rapport à la Conférence de Brazzaville?
En septembre 1946 Félix Houphouët Boigny rencontre Ho Chi Minh; ils ont tous deux les
mêmes préoccupations: à savoir qu'il faut maintenir l'Union Française mais qu'il est
nécessaire pour eux de gérer leurs propres affaires internes en créant un mouvement
national.
Alors, peu de temps après, Félix Houphouët lance son manifeste du Rassemblement
Démocratique Africain et invite tous les sympathisants à une réunion à Bamako, le mois
suivant, pour entériner celui-ci.
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Le jeune député n'est guidé par aucune ambition personnelle
lorsqu'il décide de créer le R.D.A.; il est simplement désireux de se battre pour
redonner à l'homme africain sa dignité en mettant fin aux abus coloniaux. Pour cela il
devient nécessaire que tous les pays africains se rassemblent en un seul mouvement leur
permettent d'élaborer un programme commun d'émancipation.
Il s'agit d'un rassemblement et non d'un parti. Dans chaque pays une sous-section doit se
créer; Félix Houphouët Boigny donne l'exemple en constituant en Côte d'Ivoire le Parti
Démocratique de la Côte d'Ivoire, le P. D.C.I.-R.D.A. dont les membres sont grosso modo
ceux du Syndicat Agricole.
Un projet de manifeste est signé à Paris par tous les élus d'Outre-Mer. Le doyen Lamine
Gueye doit être le Président de ce grand rassemblement. Le manifeste doit être
approuvé lors de la réunion de Bamako le 18 octobre 1946.
Mais, le rendez-vous de Bamako est en partie manqué. En fait des pressions sont faites
sur les différents députés d'Outre-Mer - surtout sur les socialistes. Contrairement à
toute attente la plupart d'entre eux décident de ne pas se rendre à Bamako. Notamment
Lamine Gueye le Président pressenti. Mais la plus grande déception qu'essuie Félix
Houphouët Boigny est d'apprendre que son ami Dabo Sissoko refuse d'aller à Bamako, lui,
le député du Soudan; en fait il s'agit d'une trahison car Sissoko le devance à Bamako
et organise un meeting sur la place publique au cours duquel il dénonce la politique
dangereuse de Félix Houphouët Boigny "apparenté aux communistes".
Félix Houphouët Boigny qui assiste à la réunion ne se laisse pas impressionner; il
prend la parole et retourne la situation à son avantage. La foule composée d'Africains
de toute l'Afrique française est déchaîné, elle l'acclame, il a gagné; Sissoko
lui-même doit se rendre à l'évidence.
Le lendemain la réunion initialement fixée par Félix Houphouët Boigny a lieu. On remarque la présence de Sékou Touré et des parlementaires communistes qui sont les seuls à avoir répondu à l'appel. Mais il y a aussi le Manifeste, qui, lui, est signé par tous les députés d'Outre-Mer de l'Afrique francophone (6).
Le Manifeste réclame principalement "l'égalité des droits
politiques et sociaux, des assemblées démocratiquement élues, la liberté individuelle
et culturelle et l'union librement consentie des populations d'Afrique et du peuple de
France".
Il ne s'agit ni d'autonomie, ni d'assimilation mais bel et bien de l'Union Française des
peuples démocratiques.
Le R.D.A. entend rester un mouvement spécifiquement africain. Les députés gardent toute
leur liberté de s'apparenter au groupe parlementaire de leur choix, ce qui montre bien
que le R.D.A. n'est pas un parti et que ce n'est pas un mouvement d'obédience communiste.
Cependant certains groupes parlementaires refusent les parlementaires africains affiliés
au R.D.A.; ils n'oublient pas que les seuls députés de la réunion de Bamako
appartiennent au M.U.R., le groupe parlementaire allié aux communistes.
Après avoir souhaité que Lamine Gueye soit Président du mouvement, Félix Houphouët
Boigny est élu à sa place. Auparavant il s'acharne à créer l'unité à l'intérieur du
R.D.A. en éliminant la tendance extrémiste qui voit dans le Rassemblement une voie vers
l'autonomie. Le R.D.A. doit être le trait d'union entre la France et les pays d'Afrique
francophone.
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En 1954, Félix Houphouët Boigny est réélu député par, cette fois
ci, un collège unique de tous les électeurs de Côte d'Ivoire.
Il devient alors la cible de tous les opposants au R.D.A. qui ne voient que son alliance
avec le Parti Communiste; on devient très méfiant, voire hostile à son égard.
(6) Lamine Gueye: Sénégal-Mauritanie, Sourou Migan Apithy: Dahome-Togo, Yacine Distio: Guinée, Félix Tchicaya: Gabon-Moyen Congo, Dabo Sissoko un peu malgré lui: Soudan-Niger, Léopold Sédar Senghor, Sékou Touré et Mendès-France.
En Côte d'Ivoire, l'atmosphère est lourde. Une certaine psychose se développe; deux années de suite on craint, au moment des fêtes de Noël et du Nouvel An, une insurrection des militants du R.D.A. et le massacre des Européens. C'est une véritable campagne menée contre le R.D.A. et contre son président, à tel point que celui-ci hésite à quitter son pays pour rejoindre son poste de député. Il craint une intervention de la France. Heureusement sa popularité auprès des Ivoiriens, qui ne cesse d'augmenter, le rassure; c'est le début d'une certaine vénération qui se développera autour de sa personne.
Face à la situation qui devient pourtant inquiétante, Paris reste vague. Attitude attribuable d'abord à la situation de la France, où les gouvernements sont instables, d'autre part aux événements politiques qui captent l'attention de la métropole: l'Indochine, Madagascar (où Félix Houphouët Boigny est accusé d'être à la source des insurrections), l'alignement des pays de l'Est sur l'U.R.S.S. fin 1947 et le coup de Prague en février 1948... On croit voir partout la main du communisme et une "chasse aux sorcières" se développe dans la presse française et coloniale. Félix Houphouët Boigny est qualifié "d'apprenti dictateur".
Il s'agit d'une véritable campagne d'intoxication et aucune analyse n'est faite des motivations du R.D.A. De fausses informations circulent en Côte d'Ivoire, augmentant la tension et développant un certain racisme au niveau de la population africaine et européenne.
Félix Houphouët Boigny devant un tel désarroi, reste le plus possible en Côte d'Ivoire, où il veille, en gardant de bonnes relations avec l'administration coloniale à ce que les choses ne s'enveniment pas plus. Il essaie de maintenir en état la vie économique de son pays, où de nombreuses grèves éclatent.
Mais les soucis viennent maintenant de ses frères africains. Gênés
par l'influence réelle ou imaginaire du parti communiste, quelques députés africains
décident de quitter le R.D.A. et se rallient à un nouveau mouvement, celui des
"Indépendants d'Outre-Mer" que vient de créer M.L. Aujoulat (dissident
M.R.P.). Bien évidemment cela ébranle la force du R.D.A. et supprime toute action
d'ensemble. L'administration de plus en plus hostile, n'est évidemment pas étrangère à
ces défections.
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L'interdiction du R.D.A. et l'arrestation manquée de son président
Finalement Paris donne l'ordre d'éliminer le R.D.A. Celui-ci est accusé de tous les maux, tandis que les extrémistes des deux bords déclenchent l'escalade de la violence. Félix Houphouët Boigny ne peut tout contrôler et il est certain que ses consignes aussi bien que celles du gouverneur, sont parfois ignorées ou dépassées.
L'atmosphère est à la guerre civile. Boycottage et grèves se multiplient, principalement à l'encontre des marchandises et patrons européens. Des affrontements violents ont lieu le 6 février 1949, entre partisans et dissidents du R.D.A.; il y aura un mort et des blessés. De nombreuses arrestations de militants R.D.A. suivent. Des détenus R.D.A., emprisonnés à Bassam, déclenchent une grève de la faim. Parmi eux, de futures personnalités politiques de premier plan tels Mathieu Ekra, Bernard Dadié, Coffi Gadeau, Jean Baptiste Mockey, Jacob Williams... Les femmes d'Adjamé et de Treichville organisent une marche de protestation...
Vers la fin de l'année 1949, la situation déjà très tendue s'aggrave avec le retard de l'ouverture de la traite de café: à Paris, le ministre de l'Economie nationale n'a pas encore fixé le prix d'achat, et les planteurs sont dans l'impossibilité de payer leur main d'oeuvre. Le mécontentement est vif.; les incidents se multiplient et se transforment en émeutes.
La première de caractère vraiment grave a lieu à Bouaflé et il y a trois morts. C'est à la suite de ces événements qu'un mandat d'arrêt est lancé contre le Président du R.D.A. Mais le magistrat venu pour l'arrêter dans sa maison de Yamoussoukro se retrouve entouré d'une foule menaçante, composée de militants R.D.A. accourus de toutes parts. Houphouët refusant de le suivre, le magistrat se rend à l'évidence que l'arrestation du Président du R.D.A. provoquerait un déchaînement beaucoup trop violent. L'arrestation est reportée: Félix Houphouët Boigny fait remettre au sénateur Biaka Boda une lettre adressée au Procureur de la République dans laquelle il accepte de se rendre à une convocation, si celui-ci le lui demande; le messager de cette lettre est retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses.
Mais l'événement le plus dramatique et déterminant est celui de Dimbokro. Le 29 janvier 1950, une foule d'environ cinq mille personnes manifeste son opposition à l'arrestation d'un militant R.D.A., Ambroise Samba; des échauffourées ont lieu, les gendarmes tirent: on compte 13 morts et 60 blessés.
Cette tragédie qui met le pays au bord de la guerre civile est l'événement charnière qui fait prendre conscience de la gravité de la situation à chacun des deux camps, l'électrochoc réveille les esprits.
A la demande de Léopold Sédar Senghor et de Mamadou Konaté une
enquête est ouverte. Pendant huit mois, de mai à décembre 1950, une commission entend
quelque cent cinquantes témoins. Félix Houphouët Boigny en est évidemment le
principal. Il en profitera pour rappeler à nouveau les objectifs du R.D.A., réaffirmer
son désir d'être reconnu et de construire l'Union Française sur des bases égalitaires.
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LE TOURNANT DES ANNÉES 1950 -1953 ET LA COLLABORATION AVEC LA FRANCE
Le désapparentement d'avec le Parti Communiste et le rapprochement avec L'U.D.S.R
Bien que très abattu par des derniers événements, Félix Houphouët
Boigny a bien conscience de la nécessité d'agir rapidement pour opérer un changement à
une situation persistante et très inquiétante. Il lui faut négocier une ouverture et
pour cela rencontrer des interlocuteurs attentifs et concernés. Il les trouvera en la
personne de René Pleven, Gaston Monnerville et de quelques autres encore. En effet bien
qu'en juillet 1950, la France soit paralysée par ses contradictions internes, des hommes
porteurs d'idées nouvelles semblent être en mesure de répondre aux souhaits du
Président du R.D.A. De quoi réconforter car, par contre, nombre de ses homologues
africains, alors, le déconcertent.
Félix Houphouët Boigny ressent la nécessité d'aller de l'avant, de réaliser quelque
chose pour sortir de ce ghetto dans lequel on l'a rejeté lui et son rassemblement.
Il cherche de nouveaux appuis auprès des élus africains apparentés aux divers partis,
afin de recréer une interalliance. Mais les mentalités, loin de s'être améliorée, se
sont durcies; on ne veut rien avoir à faire avec le R.D.A.
Le groupe le plus influent, celui des "Indépendants d'Outre-Mer", dont un des
membres influents est Raphaël Saller, serait le plus disposé à une alliance, à
condition que le R.D.A. abandonne son sigle! Ce qui, bien évidemment, briserait l'impact
de ce grand mouvement et le prestige de son fondateur.
Mais cette démarche auprès des parlementaires, n'est pas vaine; elle sensibilise
plusieurs personnalités, dont Raphaël Saller, alors député de la Guinée, et Gaston
Monnerville, Président du Conseil de la République. Ils tentent d'abord de faire prendre
conscience aux différents groupes parlementaires de l'importance du R.D.A., de son
implantation dans chacun des pays d'Afrique. Puis ils décident d'aller plus loin et de
prendre en main le problème de Félix Houphouët Boigny et du R.D.A., en mettant le
gouvernement face à ses responsabilités.
La situation internationale est là pour montrer la nécessité de
s'entendre, plutôt que de laisser pourrir des situations et tomber dans l'insurrection -
issue que le Président du R.D.A. s'est toujours refusé à considérer. Le moment semble
venu de tirer la sonnette d'alarme.
De son côté aussi, le moment est venu pour Félix Houphouët Boigny de modifier ses
alliances. Si l'apparentement avec les communistes était quelques années plus tôt une
tactique nécessaire, il devient de plus en plus pesant et lourd de conséquences.
En France, comme en Côte d'ivoire, les désistements s'accumulent; de nombreux
sympathisants sont inquiets ou découragés par les menaces et les pressions.
En restant avec le Parti Communiste, le R.D.A. s'isole et se condamne
lui-même à disparaître. Si l'apparentement avec le Parti Communiste avait aidé le
R.D.A. à s'imposer, il devenait actuellement un véritable handicap. C'est alors que
Raphaël Saller propose à Félix Houphouët Boigny de l'aider à se dégager du Parti
Communiste. Le Président du R.D.A. accepte; la voie de la compréhension s'est ouverte;
un grand virage est amorcé; c'est la fin du long combat, de l'isolement, le début de
l'ouverture et de la collaboration.
Paul-Henri Siriex, conseiller pour les questions d'Outre-Mer au cabinet du Président du
Conseil d'alors, qui est René Pleven, et François Mitterrand, le ministre de la France
d'Outre-Mer et des Colonies, informent le chef du gouvernement du changement d'attitude de
Félix Houphouët Boigny et de ses bonnes intentions et organisent de premiers contacts.
Au cours de ceux-ci, Félix Houphouët Boigny rappelle les raisons de son apparentement,
qui n'était que pure tactique et non un engagement politique. Il explique aussi pourquoi,
face à une incompréhension quasi générale, il avait été amené à durcir sa
position. Ses interlocuteurs sont assez rapidement convaincus; d'autant que le temps
presse et que Félix Houphouët Boigny est en mauvaise posture (7).
Il faut frapper haut et vite. En effet, aucune politique africaine n'a encore été
élaborée; les affaires sont traitées au coup par coup. Bien que chacun pense que les
peuples d'Afrique doivent s'émanciper, la plupart des partis ne voient toujours dans le
R.D.A. qu'un maillon de la chaîne communiste en Afrique.
René Pleven et François Mitterrand ont fondé quelques années plus tôt un parti qui
entend être indépendant, tout en restant aussi proche du Parti Radical que du Parti
Socialiste. De nombreuses personnalités politiques qui se sont révélées pendant la
guerre y adhèrent. Tous ont en commun la certitude que l'ordre colonial est dépassé;
les idées à ce sujet ne manquent pas. Dès lors, la situation va rapidement
s'améliorer. Les premiers contacts ont lieu officieusement.
Au niveau parlementaire, par ailleurs, les relations se nouent au fur et à mesure que
tombe la suspicion. On assiste à une véritable ouverture envers le R.D.A. Puis, bien
évidemment, Félix Houphouët Boigny, fidèle et loyal envers ceux qui lui ont tendu la
main alors qu'il était condamné, adhère, avec les députés R.D.A., au groupe de
l'U.D.S.R., qui devient l'U.D.S.R.-R.D.A.
(7) Son mandat d'arrêt court toujours.
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Le dialogue décisif avec François Mitterrand
En février 1951 François Mitterrand vient en voyage officiel à
Abidjan. Le jeune ministre est accompagné d'une nombreuse suite, dans laquelle on
remarque un magistrat français d'origine ivoirienne, M. Alphonse Boni. Fils d'un des
grands chefs Baoulé, il est attaché au cabinet du ministre; de par ses origines et fort
de son expérience de vie dans le milieu français, il sera d'un grand conseil et un bon
juge en toute circonstance.
Le ministre est accueilli avec réserve, tandis que Félix Houphouët Boigny, arrivé par
un second avion, est acclamé par une foule en délire.
Les réceptions qui suivent dans le Palais, où sont réunis les élus du R.D.A. et les
Européens, sont loin d'être détendues: Mitterrand a tout le loisir de constater les
malaises, qui en fait ne lui déplaisent pas. Toute cette confrontation est nécessaire;
il faut en passer par là pour avancer; les contradictions doivent être mises à jour une
bonne fois pour qu'on puisse les dominer. N'avait-on pas déjà évité une guérilla qui,
à l'exemple d'autres pays, aurait mis la Côte d'Ivoire à feu et à sang?
Cette rencontre est en fait capitale. "Les accords Houphouët-Mitterrand" qui en
ressortent, vont être expliqués et commentés dans chaque pays par une commission du
Comité de Coordination du R.D.A., qui compte un grand nombre de personnalités; entre
autres Ouezzin Coulibaly de la Haute-Volta, Hamani Diori du Niger, Mamadou Konaté du
Soudan.
Puis, après avoir pris la décision de sortir de l'alliance avec le Parti Communiste,
Félix Houphouët Boigny traverse une longue période de réflexion dans l'isolement. Elle
va durer jusqu'en 1956, date à laquelle il entre dans le gouvernement en qualité de
ministre d'Etat.
En France la situation est toujours aussi embrouillée et le gouvernement n'est pas en
mesure de prendre des décisions à l'égard de ses colonies; il n'est même plus question
d'autonomie interne; c'est l'indifférence quasi totale... Mitterrand n'est plus ministre
de la France d'Outre-Mer.
Félix Houphouët Boigny est très désorienté; mais il n'est cependant pas attiré par
la solution britannique du Ghana, qui reçoit son autonomie en 1951. Il veut avant toute
chose continuer à maintenir l'économie de son pays, en lui garantissant la continuité
de la paix et de la stabilité.
En Guinée, cependant, Sékou Touré commence à montrer de premiers signes de désaccord
avec la nouvelle politique du R.D.A., en particulier vis-à-vis du désapparentement avec
le Parti Communiste. Toutefois, deux voyages à Conakry, en 1953 et en 1955, permettent à
Houphouët Boigny de mettre les choses au point.
Mais la discorde s'établit avec d'autres frères africains, notamment avec le Sénégal.
Il est bien question pour tout le monde de se diriger vers l'émancipation, mais les
structures et les réalités de chaque pays allaient se révéler et provoquer un début
de scission quant aux modalités de cette évolution. Une période de mésentente et
d'isolement commence pour Félix Houphouët Boigny. Il est le seul à vouloir de cette
Union Française, de cette "Francafrique", à laquelle il croit. Il veut, en la
maintenant, construire une communauté durable entre le peuple de France et les peuples
africains. Son côté "homme de la terre", profondément attaché aux valeurs
matérielles, lui donne le sens des réalités économiques. Avant tout, compte pour lui,
l'amélioration du niveau de vie de l'homme africain et la liberté passe avant tout par
une indépendance économique, dont l'Afrique est encore bien loin. Prenant exemple sur
les pays industrialisés qui cherchent à s'associer, il lui paraît évident que les pays
dont l'économie est en voie de développement doivent se maintenir dans la collaboration
étroite avec le pays qui les a aidés à démarrer.
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Le ministre de la IVème République
En février 1956 Félix Houphouët Boigny est appelé par Guy Mollet à
de hautes fonctions; celui-ci lui offre d'entrer dans le gouvernement français en tant
que ministre délégué à la Présidence du Conseil.
Au mois de mai il "rend" pour la première fois "visite" à son pays
en qualité de ministre français. Il y est accueilli comme un grand personnage. Cette
fois ci il fait définitivement l'unanimité auprès des siens.
Dès lors, le R.D.A., en la personne de son Président est intégré à la vie politique
de l'Union Française et les choses s'accélèrent. Le gouvernement français représenté
par Gaston Déferre- son nouveau ministre de la France d'Outre-Mer - entend mettre les
bouchées doubles, en s'attaquant aux réformes.
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Le ministre de la France d'Outre-Mer met sur pied la future
"Loi-Cadre". Elle est votée le 23 juin 1956 à l'Assemblée Nationale et au
Conseil de la République, sans aucune contestation.
Cette réforme autorise le gouvernement à mettre en oeuvre les réformes et à prendre
les mesures propres à assurer l'évolution des territoires relevant du ministre de la
France d'Outre-Mer. Elle était nécessaire; mais, elle est à peine adoptée, qu'elle
paraît dépassée aux yeux de certains qui veulent aller plus loin dans la
libéralisation. Félix Houphouët Boigny use alors de tout son pouvoir de conviction pour
modérer les exigences de ses homologues africains.
Sur la base de nouvelles dispositions, le 15 mai 1957, l'Assemblée Territoriale de la
Côte d'Ivoire investit comme Vice-Président du Conseil du Gouvernement M. Auguste
Denise, alors Secrétaire Général du P.D.C.I.-R.D.A.
Et voilà comment, petit à petit, avec l'expérience de la politique
acquise au fil des années, le R.D.A. se retrouve être un parti de gouvernement, après
avoir été quelques années plus tôt jugé comme un dangereux bastion du communisme.
Fort de cette reconnaissance et de ce début d'accession à une certaine forme
d'autonomie, Félix Houphouët Boigny ne va cependant pas pour autant chercher à
accélérer le processus d'indépendance. Il est, bien sûr préoccupé par
l'émancipation de son pays, mais peu convaincu par les idées qu'il juge trop
progressistes et qui s'affirment en plusieurs endroits du monde. Il veut avant toute chose
maintenir l'ordre, la paix, assurer la stabilité économique à son pays et permettre
ainsi l'élévation du niveau de vie de la population.
A l'O.N.U., où il est délégué par la France pour rendre compte des mesures déjà
prises et mises en place pour l'accession à l'autonomie interne des pays actuellement
sous tutelle, il a l'occasion de reprendre ces idées, qu'il juge réalistes et dénuées
de tout complexe.
Le 7 avril 1957, un mois avant la proclamation de l'indépendance de son pays, N'Krumah
déjà premier ministre du Ghana, rend visite à Houphouët Boigny, et, devant une foule
attentive, il réaffirme violemment la nécessité pour les peuples d'Afrique d'obtenir
leur indépendance. Il est acclamé et déclenche l'enthousiasme; mais Félix Houphouët
Boigny prend la parole. Il est tout le contraire de son frère N'Krumah, calme, pondéré.
Il affirme, quant à lui, que l'issue la meilleure de l'émancipation des peuples
d'Afrique est dans l'interdépendance; la liberté passe avant tout par le développement
économique, qui seul, peut permettre à chacun de vivre plus dignement. Il faut tenir
compte de ses moyens et utiliser au mieux les alliances offertes.
Les divergences d'idées ne vont aller qu'en s'aggravant.
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La fin de l'Union Française
La Communauté Franco-Africaine
Le principe de l'autonomie interne est néanmoins acquis pour tout le
monde. Mais comment la réaliser?
Voilà tout le problème, qui dès lors va partager les pays d'Afrique francophone en
clans qui vont s'affronter, alors qu'en face la France hésite.
Félix Houphouët Boigny recherche une association sur un principe de base égalitaire,
mais presque personne ne le suit sur cette idée.
Même au sein du R.D.A., les différentes sections commencent à donner des signes de
désaccord, à tel point que leur leader propose de démissionner; ce qui lui est bien
évidemment refusé. Sékou Touré est devenu, sur ce point, son principal opposant.
D'autre part en septembre 1957, un Congrès du R.D.A., tenu à Bamako, se prononce pour
"une Communauté Franco-Africaine démocratique et fraternelle basée sur
l'égalité". Avec la création d'un Etat fédéral de l'A.O.F. et d'un autre de
l'A.E.F., chacun composé d'Etats autonomes avec leurs propres gouvernements et leurs
propres parlements.
Félix Houphouët Boigny est totalement opposé à ces idées fédérales, qui, en dehors
du R.D.A., sont défendues par Léopold Sédar Senghor du Sénégal. Il est mis en
minorité, isolé et déçu; les derniers mois de la IVème République sont pour lui une
étape difficile.
De plus, alors qu'il s'efforce envers et contre tous de maintenir une certaine logique
dans la préparation des réformes relatives aux pays d'Outre-Mer, on lui retire son
portefeuille de ministre délégué à la Présidence du Conseil, pour lui donner celui de
ministre de la Santé Publique.
Le début de l'année 1958 marque la rupture de la Côte d'Ivoire avec
l'A.O.F., par le refus d'Houphouët de se représenter à la Présidence du Grand Conseil
de l'A.O.F. qui vient de voter la résolution de créer un Exécutif Fédéral. Et où il
avait été élu précédemment. Il montre par là son hostilité à une Fédération qui
à ses yeux serait sous la tutelle du Sénégal.
Désormais Félix Houphouët Boigny est seul sur son chemin; mais il ne perd pas l'espoir
d'être un jour compris, et ce notamment par le Général de Gaulle, qui ne va pas tarder
à revenir au pouvoir en France.
En effet, un voyage du Général de Gaulle, en Afrique, en 1953 avait déjà créé des
liens entre les deux hommes. Depuis, ils avaient gardé le contact.
Une dernière entrevue, avant l'arrivée de De Gaulle au pouvoir, avait eu lieu en
février 1958; une mutuelle compréhension avait réconforté Félix Houphouët Boigny.
Revenu au pouvoir, le Général lui demandera de conserver son portefeuille de ministre
d'Etat, qu'il avait retrouvé entre temps.
Dès la formation de son gouvernement, le Général est bien décidé à aller de l'avant
et à mettre rapidement en place de nouvelles institutions.
Des groupes de travail sont organisés. Un groupe restreint - comprenant Lamine Gueye,
Félix Houphouët Boigny, Gabriel Lisette, Léopold Senghor et Philibert Tsiranana - doit
examiner les articles du projet concernant les rapports de la France avec les territoires
d'Outre-Mer. Le Général de Gaulle assiste aux séances de travail. Les débats sont
houleux; mais Félix Houphouët Boigny parvient, par ses interventions remarquées, à
convaincre le Général de Gaulle et, l'esprit de la Communauté, qui sera créée entre
la France et l'Afrique, sera en grande partie le sien.
Mais son succès sera de courte durée, car, déjà, les prémices d'une volonté
d'indépendance rapide se dessinent. Le Sénégal, même s'il ne souhaite pas vraiment une
indépendance immédiate, ne veut pas s'engager d'une manière définitive dans la
Communauté; il veut se réserver le droit à l'indépendance. Ce désir grandit du reste
dans tous les esprits, à tel point que, à l'issue des travaux, De Gaulle conclue en ces
termes: "En ce cas, pourquoi ne pas prévoir expressément l'indépendance dans les
textes?"
Comme pour illustrer cette évolution dans les esprits, le P.R.A.
(Parti du Regroupement Africain) opposé au R.D.A., réunit à Cotonou en juillet 1958 les
leaders de quatre pays - le Sénégal, le Soudan, le Dahomey et le Niger - et constitue un
Comité Exécutif Fédéral, avec comme préambule l'exigence de l'indépendance
immédiate.
Désormais l'opposition du Sénégal et de la Côte d'Ivoire ne fera que s'accentuer.
C'est le début d'une lutte sévère entre les partisans d'une fédération de type
A.O.F., dont Léopold Sédar Senghor rêve, avec comme principe de base indépendance des
Etats vis-à-vis de la France, et Félix Houphouët Boigny, qui croit à la Communauté et
la voit comme une association définitive de la France avec les pays d'Outre-Mer.
En fait, trois solutions possibles, quanti l'évolution de la Communauté, sont retenues à l'issue de ce débat constitutionnel houleux et permettent de contenter tout le monde:
- Demeurer à l'intérieur de la République
- Choisir le statut d'Etat membre de la Communauté
- Choisir son indépendance.
Mais la Communauté n'est ni une Fédération, ni une Confédération.
Félix Houphouët Boigny a quand même gagné: la gauche réclamait l'indépendance
immédiate; De Gaulle allait dans son sens; elle est prévue dans la Constitution; mais
néanmoins la Communauté Franco-Africaine est créée. Le pragmatisme et l'empirisme
l'ont emporté sur l'intellectualisme et le juridisme.
La Côte d'Ivoire donne son adhésion à la Communauté par un vote massif, le 28
septembre 1958.
La Vème République est proclamée, le 4 décembre 1958, en France, et Michel Debré
offre à Félix Houphouët Boigny le portefeuille de ministre d'Etat.
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La création du Conseil de l'Entente
En dépit des désaccords flagrants entre les deux camps, Félix
Houphouët Boigny aspire cependant toujours, lui aussi, à réaliser l'unité africaine.
Le 29 mai 1959, un Conseil de l'Entente est créé. Il réunit la Côte d'Ivoire, le
Niger, la Haute-Volta et le Togo; le Dahomey s'y joindra un peu plus tard. Le Sénégal et
le Soudan, par contre, s'y refusent. Ils veulent une fédération d'Etats; Félix
Houphouët Boigny n'est pas définitivement contre; il pense simplement que ce n'est pas
le moment, que les pays africains n'y sont pas prêts.
Il tient, d'autre part, à rester, pour l'instant, au sein de la Communauté.
Certains esprits, alors, vont devenir méfiants à son égard, l'accusant des pires
intentions. Un climat de suspicion se développe à nouveau à son égard parmi ses
frères africains, qui relancent avec Senghor l'idée fédérale et qui lui reprochent
d'être le valet de l'impérialisme français; en France même, par l'intermédiaire du
ministre de la France d'Outre-Mer de ce moment là, l'ancien gouverneur général de
l'A.O.F., Bernard Cornut-Gentille, qui l'accuse de vouloir "coloniser" la
France.
Le ler mai 1959, Félix Houphouët Boigny est nommé néanmoins
Ministre-Conseil pour la Communauté, conjointement avec Senghor, Gabriel Lisette et le
Président Tsiranana. Mais la Communauté, par delà ses contradictions internes sur les
principes, prêche aussi par ses lacunes de textes. Ceux-ci n'ont prévu aucune
infrastructure spécifique. Aussi plutôt que de retrouver pour chaque démarche les
mêmes interlocuteurs qu'au temps de la colonisation, les responsables africains se
trouvent amenés, la plupart du temps, à renvoyer la plupart de leurs problèmes à
l'arbitrage du Général de Gaulle.
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Ce manque d'institutions adéquates va accélérer le mouvement vers
l'indépendance: le 21 mai 1959, Félix Houphouët Boigny investi comme Premier Ministre
dans son pays, remet sa démission de ministre d'Etat à Michel Debré et annonce à De
Gaulle sa décision de demander, pour les quatre pays de l'Entente, leur indépendance. Ce
sera chose faite dès le 31 décembre 1959. Félix Houphouët Boigny négocie avec la
France des conditions d'indépendance , respectables et, le 11 juillet 1960, les accords
de transferts concernant l'indépendance des quatre, pays de l'Entente sont signés.
Finalement, dans ce climat de confusion et de suspicion, la Communauté ne vivra pas
longtemps.
En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, les choses iront même très vite; elle sortira de
la Communauté en même temps que ses partenaires de l'Entente, dès la proclamation de
son indépendance le 7 Août 1960.
Félix Houphouët Boigny devient alors le premier Président de la Côte d'Ivoire et, à
la différence de la quasi totalité de ses pairs, il l'est resté depuis lors. Un long
combat, celui de la liberté, est terminé. Un autre, non moins difficile, commence, celui
du développement.
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Le début de la légende : la création du Rassemblement démocratique africain (RDA).
Afin de préparer l'accession des anciennes colonies françaises d'Afrique à l'indépendance, les représentants de l'AOF et de l'AEF avaient fondé le RDA. Houphouët devait en assurer la présidence jusqu'à la dislocation du mouvement.
On ne saurait retracer l'itinéraire de ce grand mouvement en faisant l'impasse sur le rôle de premier plan qui a été celui de Nanan Félix Houphouët Boigny. Il avait fait de sa mise sur orbite une question centrale, convaincu que seul un regroupement transcendant les clivages de toutes sortes pouvait permettre de donner du poids aux revendications des peuples colonisés. Et il n'hésita pas à mettre sa fortune personnelle, à la disposition de ses frères, engagés comme lui dans le combat émancipateur.
L'Afrique a donné son sang et sa sueur pour que la France, fille aînée de l'Eglise, recouvre sa souveraineté, son autodétermination. Il y eut des milliers de morts et de blessés parmi les "tirailleurs sénégalais", qui croyaient mordicus que cette guerre (1939/45) était la leur, étant "descendants des Gaulois", au même titre que leurs cousins de la métropole. Illusions, quand tu nous tiens ! Au même moment, les populations civiles devaient participer à l'effort de guerre en payant des impôts et en exécutant des corvées au nom et pour le compte de la "Mère-patrie". Un homme, le général De Gaulle, ayant pris le pouls e la situation, consentit à lâcher du lest. Les Africains, qui avaient côtoyé dans les différents champs de bataille leurs homologues français, ont fini, quand même, par se persuader de leurs particularités, mais surtout de la nécessité de prendre en charge eux-mêmes leur propre destinée, fut-ce dans l'amitié avec la France, la puissance colonisatrice.
telle enseigne que, lorsque le décret du 22 août 1945 du gouvernement provisoire de la France donna aux territoires d'Outre-Mer la possibilité de choisir leurs représentants au Palais Bourbon, la classe politique africaine n'hésite pas à se saisir de la perche ainsi tendue. Mais conscients de leur faiblesse liée à leur division, ils estimèrent opportun de mettre sur pied une grande structure. Bamako, capitale du Soudan français (actuel Mali), allait en être le berceau. Le congrès constitutif du Rassemblement démocratique africain (RDA) s'est ouvert le 18 octobre 1946, dans une ambiance indescriptible, malgré l'absence déplorée de quelques ténors de la vie politique de l'époque, les Sénégalais Lamine Guèye, Léopold Sédar Senghor et le Soudanais Fily Dabo Sissoko, pour ne citer que ceux-là. Du coup, la présidence qui, conformément à la tradition africaine, devait échoir au doyen Lamine Guèye, fut confiée finalement à Félix Houphouët Boigny, député de Côte d'Ivoire.
Evoquant lui-même les circonstances de naissance du RDA, ce dernier disait : " Passant outre à tous les obstacles, plus de 800 délégués venus par tous les moyens de Guinée, Côte d'Ivoire, Sénégal, Tchad, Niger, Soudan, Cameroun et du Dahomey, se retrouvèrent réunis à Bamako au matin. L'enthousiasme était tel que, lors de la première séance, qui eut lieu dans les locaux de l'école technique supérieure, une foule de plus de 15 000 Soudanais, qui s'étaient joints aux 800 délégués, contraignit les organisateurs à transformer celle-ci en un meeting monstre. Mais dès la deuxième séance, un service d'ordre, assuré par les organisations participantes, assurait un parfait fonctionnement de ces journées, qui infligèrent un cinglant démenti aux craintes intéressées, comme à l'incrédulité de certains qui, tablant sur "l'inaptitude foncière" des Africains à toute forme d'organisation, proclamait bien haut que ceux-ci ne pourraient jamais mener à bien une telle manifestation ( ... ) C'est dans l'enthousiasme que fut adoptée la résolution finale, comme fut élu le premier comité de coordination (. ..) S'appuyant sur toutes les couches sociales d'Afrique, notre mouvement puise sa confiance dans l'avenir, dans celle que la masse africaine a placée en lui comme dans la lutte héroïque des forces démocratiques du monde entier, sûres de leur victoire contre les forces impérialistes. Aussi pourrons-nous affirmer qu'en réalisant son double objectif de l'union des Africains et de leur alliance avec les démocrates français, le rassemblement démocratique africain contribue à réaliser l'union française des peuples différents, mais libres et égaux en droits et en devoirs, comme il assure la présence de l'Afrique noire dans la lutte anti-impérialiste que mènent les peuples du monde entier ". Nonobstant les avatars ainsi que les vicissitudes de l'action militante qui ont pu, peu ou prou, infléchir la trajectoire du mouvement, le RDA a eu le mérite d'exister. Le pari était audacieux, si l'on tient compte du contexte de l'époque. Houphouët l'a fait. Aux côtés de Madeira Keïta, Jean-Marie Koné, Gabriel Lisette, Joseph M'Baye, Mamadou Ray Autra, et tant d'autres.
La légitime et noble ambition de ces illustres devanciers, que
beaucoup d'Africains partagent encore du Caire au Cap, était de restaurer la dignité du
continent. En en faisant un continent uni, un continent fort et respecté, qui occuperait
une place de choix au rendez-vous du donner et du recevoir, au banquet de l'universel.
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